Samedi 18 mars 2017. Je termine ma journée de travail sur la déchetterie de Cléguerec. Il est 17h. Jean-Laurent ne devrait plus tarder à arriver. Je ferme le portail et remonte sur les quais pour fermer la benne à cartons et passer un coup de balai devant chaque bennes, comme tous les soirs.

Mais ce soir là... Le capot coulisse mal. Je suis obligée de le rouvrir en grand, de lui faire prendre de l'élan pour qu'il aille jusqu'au bout de sa course. Il prend tellement d'élan que le loquet bute sur la rambarde et me pince un doigt, le majeur droit. Ça fait mal. Très mal. Tellement mal que pendant quelques secondes, je n'y voit plus rien. De ma main gauche, je prend ma main droite en espérant calmer la douleur. Mais en ouvrant ma main gauche, c'est l'horreur. Il manque un morceau de doigt. Le bout de mon majeur droit est resté collé à la rambarde. Je me met à hurler.

  • « Pourquoi ? Mon Dieu, pourquoi ??? ».

Jean-Laurent arrive, regarde ce qu'il m'arrive...

  • « Oh, p....., c'est pas vrai ! ».

  • « ça fait mal ! J'ai mal !»

  • « Je sais, chérie. Bouge pas. Il est où ton téléphone ? Le numéro des pompiers ?»

  • « Dans le bureau. »

Pendant qu'il va au bureau, quelque chose me dit de ne pas paniquer, que tout va bien se passer. Et, malgrès la douleur, je pense à tout ce qu'il faut faire. Le coup de balai... impossible ! Mais il faut que je dise à Jean-Laurent de mettre dans sa voiture tout ce que j'ai mit de côté, en lui montrant où tout est caché (La récupération est interdite, mais je trouve dommage de laisser partir à l'enfouissement des choses qui peuvent encore être utilisées, des objets que nous pouvons réemployer. Donc, je cache tout ce que je récupère.)

Jean-Laurent est au portail. Un usager est arrivé avec une remorque pleine de déchets verts. C'est un habitué. Étrange qu'il ne connaisse pas les horaires... Il est pompier bénévole !

Merci Seigneur. Tu m'as dit de ne pas paniquer, que tout allait bien se passer. Tu es là, et tu agis ! Merci Seigneur ! Merci !

Le pompier me fait rentrer au burau, pour que je puisse m'assoir, et qu'il puisse voir calmement ma blessure. Jean-Laurent est avec nous. Le pompier lui demande d'aller jusqu'à sa voiture et de demander à sa femme de lui donner sa trousse de premiers secours. Pendant ce temps, il appelle ses collègues en leur expliquant clairement ce que j'ai. Ils sont sur une autre intervention, ils arrivent aussi vite qu'ils peuvent.

La douleur est si intense que je ne sens plus mon doigt. Le pompier me parle, mais je n'entends pas ce qu'il me dit. La seule chose que je peux lui dire : « J'ai mal ! ».

Mes pensées sont tournées vers toi, Seigneur.

Ce jour où les humains t'ont cloué sur la croix.

Et je me dit que ma douleur n'est rien comparée à la tienne.

Pardon Seigneur pour mes paroles mauvaises, pardon Seigneur pour mes iniquités.

Merci Seigneur pour ta miséricorde, merci Seigneur pour ta bonté.

Je sais que tu es là, et que tu me protèges.

Je sais que j'ai quelque chose à comprendre à travers ce qu'il m'arrive.

Les pompiers de Cléguerec arrivent, regardent ma blessure et me font monter dans leur ambulance. Ils m'expliquent qu'ils doivent appeler leurs collègues de Guémené car ils ne sont pas équipés et diplomés pour me faire une injection de morphine.

Ils me demandent d'évaluer ma douleur sur une échelle de 0 à 10. Ma réponse : « 100 ! c'est une douleur qui dépasse l'entendement. »

Les pompiers de Guémené arrivent. Une femme pompier me demande d'évaluer ma douleur sur une échelle de 0 à 10. Ma réponse : 100 ! Ils m'expliquent alors qu'ils vont devoir découper mon blouson pour pouvoir me faire une première injection de morphine et me poser une perfusion. Je leur dit que s'ils font ça, je vais devoir payer ce blouson. Je ne gagne déjà pas grand chose... Le capitaine des pompiers me répond de ne pas m'inquiter pour ça, qu'il en prenait toute la responsabilité. Jean-Laurent me racontera par la suite que le capitaine est venu voir ma chef, avec mon blouson en lambeau, en lui disant :

  • « J'en suis le seul responsable ! »

La morphine fait effet, la douleur se calme. Ils m'emmènent à l'hôpital de Pontivy. Prise en charge par les internes de service, ma plaie est nettoyée et bandée. Je passerai la nuit comme ça. Ce n'est que le lendemain, en fin d'après-midi, que je serais opérée.

Le chirurgien vient me voir et m'explique les solutions qui s'offrent à moi. La première, radicale, c'est l'amputation. La seconde, qui me demandera beaucoup de patience, c'est une greffe de lambeau. J'opte pour la seconde.

Une épreuve de patience ou j'apprendrais à gérer mon angoisse et ma peur avec l'aide de notre Seigneur et le soutien de mes frères et sœurs. Chaque moment de doute (la greffe a-t-elle prise ? Y a-t-il une nécrose ? Arriverais-je encore à peindre, à dessiner ?...) notre Seigneur était là pour me rassurer. Il me suffisait d'ouvrir ma bible pour avoir la réponse à mes questions et chasser mes doutes.

Merci Seigneur pour ta bonté, ta miséricorde, ton soutien dans ces moments si difficiles.

Trois semaines plus tard, retour à l'hôpital pour la « libération » de mon doigt.

Un doigt devenu un peu plus court, pas joli du tout, qui ne peut plus se redresser complètement. Mais ma main, elle aussi, a retrouvée sa liberté.

L'envie de reprendre mes pinceaux, mes pastels... Un anniversaire à souhaiter, un cadeau à faire à une sœur et un frère... Je prie le Seigneur de m'aider, de guider ma main... Il m'a entendu, c'est une réussite. Peut être même le plus beau tableau que j'ai réalisé. Au fond de mon cœur, je sais que c'est grâce à Toi, Seigneur. Merci Seigneur, sans Toi, je n'aurais jamais pu réaliser aussi bien ce tableau.

26 août. Nouvelle intervention. Pour la reconstruction de mon doigt, remettre l'ongle à sa place pour qu'il pousse droit. Je rentre à l'hôpital le matin. Il est 7 h 30. Jean-Laurent m'accompagne. L'infirmière m'accompagne dans ma chambre et m'annonce que l'opération est prévue pour 9 h 30. Deux heures à attendre ! J'aurai du prendre mon sac ! Ma bible est dedans ! Jean-Laurent me propose la sienne qui est dans la voiture. Il me l'amène s'en va. Lorsque les brancardiers arrivent, je pose la Bible sur le siège, à côté du lit. Puis, direction le bloc opératoire. Je me réveillerai quelques heures plus tard, en salle de réveil. Le chirurgien vient me voir pour me dire que tout c'est très bien passé. J'ai juste le temps de lui dire : « merci pour tout, docteur » et je me rendors. Mon second réveil sera dans ma chambre. Je retrouve la Bible et l'ouvre « au hasard ». Je ne saurais dire, aujourd'hui, où se trouve se passage. Mais il y est question de guérison ! Nous n'avons pas à nous en faire, puisque nous avons foi en Lui !

Oui, Seigneur, j'ai foi en toi. Comment pourrait-il en être autrement ? Tu as tant fait pour moi ! Depuis toujours, Tu as veillé sur moi, comme Tu veilles sur chacun de tes enfants. Nous n'avons qu'à T'ouvrir notre cœur, reconnaître que sans Toi nous ne pouvons rien faire, sans Toi nous ne sommes rien.

Merci Seigneur.

Que ton nom soit glorifié.

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