Matthieu 25 – 35 et 36.
«Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli; j'étais nu, et vous m'avez vêtu; j'étais malade, et vous m'avez visité; j'étais en prison, et vous êtes venus vers moi».

J’étais étranger et vous m’avez recueilli ! Que n’a-t-on dit et écrit sur le devoir d’accueil du migrant !
Comme toujours avec la Parole il y a le scripturaire – la lettre – et le dynamique – l’esprit de la lettre –
Comme toujours il y a la querelle des anciens que je nomme «légalistes» et des modernes que je nomme «progressistes ou libéraux».
Comme toujours il y a les gardiens du dogme pour qui changer un iota est sacrilège car «ce qui est écrit est écrit» mais qui, dans le même temps, savent prendre des libertés lorsque leur petit confort est menacé, qui sont prompt à juger et condamner tout ce qui, à leurs yeux, est déviant sans essayer de comprendre et sans faire preuve de compassion : Dura lex, sed lex est leur devise !
"Ne juge personne avant de te mettre à sa place."
Ce vieux proverbe rend tout jugement impossible, car nous ne jugeons quelqu'un que parce que justement nous ne pouvons nous mettre à sa place.
Et tout l’enseignement du Christ prend en quelque sorte racine dans ce proverbe, mis en forme par cette parole de vie «aime ton prochain comme toi-même» suivi de :

«Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l'on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez. Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment peux-tu dire à ton frère : Laisse-moi ôter une paille de ton œil, toi qui as une poutre dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l'œil de ton frère»
Matthieu 7 – 1 à 5.

Et puis il y a les libéraux ou progressistes qui ont une vision élargie et essayent de comprendre le cheminement et le questionnement voulu par Dieu pour chacun d’entre nous.
La Parole est spécifique et unique en ce sens qu’elle offre toute une palette de situations avec des réponses adaptées aux temps, aux circonstances et aux personnes !
En fait la Parole est un guide aux questionnements multiples. Et Jésus n’aura de cesse de bousculer son auditoire par des questions qui poussent son interlocuteur à se positionner, à s’interroger et chercher en lui-même la réponse la plus adaptée autrement dit la réponse circonstancielle épousant la trame biblique esquissée par Dieu.
Ecoutez le Seigneur : «Qui dites-vous que je suis ?» «Que veux-tu ?» «Quelqu’un t’a-t-il condamné ?» «Le crois-tu ?» etc. etc.
Et Jésus d’appuyer en donnant sa propre réflexion, son propre cheminement, sa propre interprétation toujours centrée sur l’amour de Dieu et du prochain :

«Vous avez appris qu'il a été dit : œil pour œil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre. Si quelqu'un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Si quelqu'un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui. Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi.
Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes».
Matthieu 5 – 38 à 45

Bien sur la prudence en matière d’interprétation de passage biblique est de mise, le fil conducteur étant toujours l’annonce du Royaume de Dieu, son amour et sa justice manifestés en Jésus-Christ.
Autant les gardiens du temple – les légalistes ou religieux – peuvent amener à des exactions condamnées et condamnables par Dieu et par les hommes, autant une interprétation par trop libérale des progressistes peut altérer et dénaturer le plan divin pour nous et en fausser toute lisibilité.
Alors comment comprendre cet accueil aux migrants ?
Devons-nous adopter un point de vue légaliste – ouvrir nos frontières à tout va, sans limite et sans retenue – ou progressistes – analyser chaque situation, se positionner au cas par cas rendant de ce fait toute entrée sur le territoire illusoire pour le plus grand nombre ?
Et si tout simplement, comme toujours, Jésus nous demandait de nous questionner, chercher dans les écritures des réponses qui satisfassent et réconcilient les deux parties !
En préalable comprenons que Satan – le Père du mensonge – veut mettre des ténèbres là où la lumière devrait luire. Il veut aussi brouiller les pistes, créer la division au sein même de l’église par cette question toute simple :
Pour ou contre les migrants ?
Mais c’est une question piège, trop simpliste qui mérite que l’on s’y attarde, que l’on y réfléchisse posément avec la pensée de Dieu comme garde fou.
Tout homme a besoin d’une terre, d’une patrie et c’est en toute logique que depuis l’aube de l’humanité il a cherché à s’établir dans un endroit stable, paisible et lui permettant de vivre dignement.
Quand la persécution ou le dérèglement climatique – sécheresse - rendent la vie impossible, il ne peut que se résigner à «migrer».
Mais si ce désir de migrer vers d’autres contrées plus accueillantes est légitime et cautionné par Dieu lui-même, certaines conditions doivent aussi être remplies par le candidat migrant.
Sous peine de voir se disloquer la communauté autochtone «accueillante» et, à terme, son absorption et son phagocytage par les nouveaux arrivants, le bon sens commande de mettre en adéquation les capacités du pays accueillant et les demandes des candidats à l’émigration.
Thomas d’Aquin qui vivait au 13° siècle expliquait déjà que tous les immigrants ne sont pas égaux parce que les relations avec les étrangers ne le sont pas non plus : certains sont pacifiques, d’autres belliqueux. Chaque nation a le droit de décider quel type d’immigration peut être considérée pacifique et donc bénéfique pour le bien commun ; et quel type, au contraire, est hostile et donc nuisible. Un État peut rejeter, comme une mesure de légitime défense, des éléments qu’il juge nuisibles pour le bien commun de la nation.
Pour ceux qui veulent s’installer définitivement dans le pays, Thomas d’Aquin met une première condition pour les accepter :
* La volonté de s’intégrer parfaitement dans la vie et la culture du pays hôte.
* Une deuxième condition c’est que l’accueil ne soit pas immédiat.
L’intégration est un processus qui prend du temps.
Les gens ont besoin de s’adapter à la nouvelle culture. Saint Thomas cite aussi Aristote, qui affirme que ce processus peut prendre de deux à trois générations. Saint Thomas n’établit pas un temps idéal, disant seulement qu’il peut être long.
L’enseignement de Saint Thomas, fondé sur le bon sens, aujourd’hui sonne politiquement incorrect. Pourtant, il est parfaitement logique.
Vivre dans un autre pays est une chose très complexe. Il faut du temps pour connaître les habitudes et la mentalité du pays, et par conséquent comprendre ses problèmes. Seuls ceux qui y vivent longtemps, faisant partie de la culture du pays, en contact étroit avec son histoire, sont en mesure de mieux juger les décisions à long terme qui soient convenables pour le bien commun.
Il est nuisible et injuste de mettre l’avenir du pays entre les mains de gens qui viennent d’y arriver. Même si ce n’est pas de leur faute, souvent ils ne sont pas en mesure de bien comprendre ce qui se passe ou ce qui est arrivé dans le pays qu’ils ont choisi comme leur nouvelle patrie. Et cela peut avoir des conséquences désastreuses
En illustrant ce point, Saint Thomas observe que les Juifs ne traitaient pas les personnes de façon égale. Il y avait plus de peuples voisins et, par conséquent, plus facilement assimilables. D’autres, cependant, étaient plus éloignés, voire hostiles. Les ressortissants de certains peuples considérés comme hostiles ne pouvaient pas être acceptés dans Israël, compte tenu de leur inimitié.
Saint Thomas d’Aquin : «C’est pourquoi, selon les dispositions de la loi, certaines nations plus au moins liées avec les juif, comme les Égyptiens au milieu desquels ils étaient nés et avaient grandi, les Édomites descendants d’Ésaü, le frère de Jacob, étaient accueillis dès la troisième génération dans la communauté du peuple.
D’autres au contraire qui avait montré de l’hostilité pour les juifs, comme les descendants d’Ammon et de Moab, n’y étaient jamais admis ; quant aux Amalécites qui leur avaient été particulièrement hostiles et ne leur étaient liés à aucun degré de parenté, on devait à jamais les traiter en ennemis.»
De ces enseignements on peut clairement déduire que toute analyse sur l’immigration doit être guidée par deux idées-clés :
L’intégrité de la nation et son bien commun.
L’immigration doit toujours viser l’intégration et pas la désintégration ni la ségrégation, c’est-à-dire, la création de petites «nations» en conflit dans le pays.
En plus des avantages qui lui sont offerts par sa nouvelle patrie, l’immigrant doit également en assumer les charges, c’est-à-dire la responsabilité pour le bien commun, en participant à la vie politique, économique, sociale, culturelle et religieuse.
En devenant citoyen, l’immigrant devient membre d’une grande famille avec une âme commune, une histoire et un avenir commun, et pas seulement une sorte d’actionnaire d’une société, intéressé seulement au profit et aux avantages.
Puis Saint Thomas enseigne que l’immigration doit toujours viser le bien commun : elle ne peut pas abuser ni détruire la nation.
Cela explique pourquoi tant d’Européens éprouvent un sentiment de malaise et d’appréhension en face de l’immigration massive et disproportionnée de ces dernières années.
Un tel flux d’étrangers originaires de cultures très éloignées et même hostiles introduit des situations qui détruisent les éléments d’unité psychologique et culturelle de la nation, torpillant ainsi la capacité de la société à absorber de nouveaux éléments de façon organique.
Un aspect secondaire, mais très important, c’est l’aspect économique. En proie à sa plus grave crise économique depuis des décennies, l’Europe peut-elle se permettre de prendre en charge des millions d’immigrants sans endommager le bien commun de ses citoyens ?
L’immigration organique et proportionnelle a toujours été un facteur sain et fortifiant pour la société, y apportant un nouveau souffle de vie et de nouveaux talents.
Cependant, lorsqu’elle devient démesurée et incontrôlée, mettant en danger les fondements de la société et de l’État, elle devient préjudiciable au bien commun. Cela est particulièrement vrai lorsqu’il s’agît de l’immigration au moins potentiellement hostile et rebelle au schéma de vie du pays accueillant.
Certes, un pays doit employer la justice et la charité dans le traitement des immigrants. Mais il faut surtout maintenir l’harmonie et le bien commun sans lesquels un pays ne peut pas durer longtemps. Ceci sans mentionner la foi chrétienne, la plus profonde pierre fondatrice de notre civilisation.
Spirituellement, il doit y avoir une ligne directrice incontournable, acceptée et reconnue par tout nouvel arrivant :
1) La soumission aux autorités en place dès lors que ces dernières sont elles-mêmes soumises à Dieu.

Romains 13 – 1 à 3
«Que toute âme se soumette aux autorités qui sont au-dessus d'elle; car il n'existe pas d'autorité, si ce n'est de par Dieu; et celles qui existent sont ordonnées de Dieu ; de sorte que celui qui résiste à l'autorité résiste à l'ordonnance de Dieu; et ceux qui résistent feront venir un jugement sur eux-mêmes. Car les magistrats ne sont pas une terreur pour une bonne œuvre, mais pour une mauvaise».

2) Participer activement à la vie économique, sociale et culturelle du pays et non de se contenter d’un simple statut de réfugié

2 Thessaloniciens 3 – 7 à 12
«Vous savez vous-mêmes comment il faut nous imiter, car nous n'avons pas vécu parmi vous dans le désordre. Nous n'avons mangé gratuitement le pain de personne ; mais, dans le travail et dans la peine, nous avons été nuit et jour à l'œuvre, pour n'être à charge à aucun de vous. Ce n'est pas que nous n'en eussions le droit, mais nous avons voulu vous donner en nous-mêmes un modèle à imiter. Car, lorsque nous étions chez vous, nous vous disions expressément: Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus. Nous apprenons, cependant, qu'il y en a parmi vous quelques-uns qui vivent dans le désordre, qui ne travaillent pas, mais qui s'occupent de futilités. Nous invitons ces gens-là, et nous les exhortons par le Seigneur Jésus-Christ, à manger leur propre pain, en travaillant paisiblement».

3) Accepter et se conformer aux commandements universels de Dieu tels que définis dans les 10 commandements dont en particulier:

Exode 20 – 4 à 17
«Tu ne tueras point.
Tu ne commettras point adultère.
Tu ne déroberas point.
Tu ne diras point de faux témoignage contre ton prochain.
Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain».

Alors oui aux migrants si toutes ces conditions sont remplies mais demandons au Seigneur sa sagesse pour éviter ces deux écueils que sont le trop et le trop peu.
Comme le déclarait fort sagement Pascal «L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête».
Amen.