Psaume 23 - Version MARTIN L'Eternel est mon berger, je n'aurai point de disette.
Il me fait reposer dans des parcs herbeux, et me mène le long des eaux paisibles.

Il restaure mon âme, et me conduit pour l'amour de son Nom, par des sentiers unis.
Même quand je marcherais par la vallée de l'ombre de la mort, je ne craindrais aucun mal; car tu es avec moi ; ton bâton et ta houlette sont ceux qui me consolent.
Tu dresses la table devant moi, à la vue de ceux qui me serrent; tu as oint ma tête d'huile odoriférante, et ma coupe est comble.
Quoi qu'il en soit, les biens et la gratuité m'accompagneront tous les jours de ma vie, et mon habitation sera dans la maison de l'Eternel jusqu’à la fin de mes jours.

Qui ne connaît, n’a connu, entendu ou récité ce psaume de David ?

Que veut nous apprendre le psalmiste au travers de ces paroles ?

Pour bien comprendre ce psaume, il faut en situer le contexte, se mettre « en situation » comme on dit aujourd’hui, connaître les us et coutumes de l’époque ainsi que la situation géographique à l’origine de la narration.

Nous sommes au Moyen Orient – la Palestine – il y a près de trois milles ans en arrière et nous suivons en pensée le parcours d’un berger à la recherche de pâturages pour faire paitre ses brebis dans un milieu hostile où la sécheresse, l’aridité des sols, un soleil écrasant et le manque d’eau en sont les caractéristiques principales.

A travers ce récit, nous dégagerons trois traits dominants :

  • Un bon berger dans la recherche de pâturages.
  • Un bon berger dans les sentiers abrupts et difficiles.
  • Un bon berger dans sa bergerie.

 

 1 -  Un bon berger dans la recherche de pâturages.

Dans les temps anciens, les pâtres mettaient le troupeau à l’abri dans un enclos fait de pierres sèches surmontées d’épineux pour en interdire l’accès à tout intrus, homme ou animal.

Et il partait seul ou accompagné d’un de ses chiens en ayant soin d’en laisser toujours un ou deux dans l’enclos pour en garder l’entrée.

Sa quête de pâturages bénéfiques pour son troupeau pouvait durer plusieurs jours, ce qui représentait un nombre d’heures très important d’efforts, de marche, de sueur sous un soleil de plomb.

La vue d’une oasis était l’aboutissement suprême de sa quête mais fallait-il encore qu’un berger ne l’occupe pas ou n’y ait pas fait brouter ses brebis tout récemment ou qu’il n’est pas asséché le point d’eau !

Ne perdons pas de vue qu’un point d’eau est essentiel, vital pour assurer la survie du troupeau.

L’idéal étant de trouver soit une oasis avec une source suffisamment féconde pour se renouveler en permanence soit une pâture à proximité d’un ruisseau pour désaltérer hommes et bêtes.

Une fois l’endroit trouvé il fallait le sécuriser, notamment vis-à-vis des serpents venimeux et des bêtes dangereuses du désert dont les chacals.

Tous les trous à serpents étaient – et sont encore – bouchés avec une sorte de pâte, mélange de graisse animale et de terre concassée pour en interdire l’entrée ou, surtout, la sortie.

En effet, la vipère du désert chasse la nuit et se réfugie le jour dans son antre souterrain.

Tous ces préparatifs achevés, le pasteur s’en retournait – avec les mêmes efforts à accomplir – chercher son troupeau pour l’amener paître en lieu sur, dans un pâturage sécurisé, préparé par ses soins pour l’accueillir en toute sécurité et en toute sérénité.

Vous l’avez compris, ce berger est la figure du Christ qui nous conduit vers de verts pâturages – au gazon des oasis où il me fait reposer et me dirige sur les eaux du repos – comme l’a si bien traduit Chouraqui.

Ce que nous avons du mal à percevoir c’est cette notion de prévoyance divine à notre égard.

Lorsque nous nous mettons en route – bien évidemment à l’appel de Dieu – nous ne savons pas toujours où cela va nous mener, quelle en sera l’issue, quelle sera notre capacité à accomplir ce pourquoi il nous appelle, si nous avons bien compris ce qu’il nous demande et, au final, si nous ne sommes pas un peu fou de répondre présent !

1 Corinthiens 3 – 18 et 19 Que nul ne s'abuse lui-même: si quelqu'un parmi vous pense être sage selon ce siècle, qu'il devienne fou, afin de devenir sage.
Car la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu. 

Oui, il faut être un peu fou aux yeux du monde, c'est-à-dire aux yeux de la famille, des amis, des collègues, des relations pour suivre en confiance celui que l’on ne voit pas mais que l’on sait être vivant, présent et toujours à notre écoute, prêt à nous prendre par la main pour nous mener vers le gazon des oasis !

Mais le Seigneur est là, il sait lui où il va te mener car, comme le berger, il a repéré les parcs herbeux et te mènera le long des eaux paisibles et te dirigera sur les eaux du repos.

Regardez les brebis, d’un naturel craintif, elles vont lui faire totalement confiance dans le désert en ayant cette prémonition, cet instinct que s’il marche en tête et ouvre ainsi la voie c’est parce qu’il en connaît le chemin, qu’il en partage les moindres aspérités, que la soif et le soleil ne l’épargnent pas non plus mais que s’il le fait c’est aussi parce qu’il sait quelles peuvent le faire.

Qui d’entre nous n’a pas connu les aspérités de la vie, la peur du manque, la soif d’une espérance vivante, d’un bonheur à trouver ou a retrouver, le doute sur notre capacité à faire, à suivre, à vouloir…

Qui d’entre nous n’a pas connu la déception, l’échec, le traumatisme d’une vie en apparence gâchée, un manque de lisibilité sur notre avenir, sur la décision à prendre, sur tout simplement le sens de la vie, de notre vie, de ma vie…

Quoique nous disions, quoique nous fassions, nous devons avancer et nous ne pouvons le faire que de deux façons :

* Soit en subissant le monde, acteurs immobiles et impuissants, ballotés

   comme dit le poète « au vent mauvais », sans espoir et sans « issue de

   secours » en n’ayant pour seul exutoire que les plaisirs illusoires et passagers

   qu’offre le monde : mondanités, argent, sexe, drogue et, au final, le goût amer

   de la désillusion et des gueules de bois.

* Soit en agissant dans le monde, acteurs mobiles et volontaires, animés d’un

   souffle de vie qui nous rend différent et confiant dans notre devenir parce

   que nos lendemains sont assurés par Celui qui peut tout et a tout préparé

   d’avance pour moi.

Il n’y a pas d’autre choix, d’autre potentialité car comme le dit l’ecclésiaste « vanité des vanités, tout n’est que vanité et poursuite du vent ».

Mais si nous choisissons d’être acteur avec Christ nous entrons pleinement dans tout ce qu’il a prévu, préparé, testé pour nous, choisissant toujours le meilleur, le plus profitable, ce qui fait grandir et nous élever jusqu’à lui ressembler.

Dieu donne toujours avant de demander, il donne ce qu’il ordonne !

Pour ses brebis, connaissant la longue marche à accomplir, il leur donne du repos avant le départ afin que reposées elles triomphent de l’épreuve et atteignent cette oasis où coulent le lait et le miel !

Il en est et en sera de même pour nous, s’il nous met en marche, il pourvoira à la sécurisation de la route étant lui-même devant sur le sentier pour en écarter tout danger.

 2 - Un bon berger sur le sentier.

Une migration, un élan, une marche en avant doivent s’opérer parmi le troupeau.

Rappelons-nous que le berger l’a laissé en sécurité dans un enclos sous la garde d’un ou deux chiens.

Mais ne perdons pas de vue que cette relative sécurité est illusoire et de courte durée car qui, en l’absence du pâtre, va nourrir les bêtes, les abreuver, en prendre soin, procéder à la traite ?

Aussi confortable que soit leur situation du moment, elle n’est que passagère, il leur faudra de toute façon bouger sous peine de mourir de faim et de soif.

Cela préfigure aussi notre temps sur cette terre : aussi agréable soit-il, déjà se profile à l’horizon notre départ inéluctable vers une destination :

Soit angoissante car sans repaire et sans guide affermi qui connaisse toutes les difficultés, tous les pièges de la route et sache les écarter pour nous mener en lieu sur et nous éviter chûtes, perdition, errance, angoisse et, au final, ne jamais trouver l’oasis de fraicheur ou coulent le lait et le miel !

Soit en sa présence avec toutes les assurances que cela comporte :

Confiance dans un guide chevronné qui connaît la route mieux que quiconque, a jaugé nos capacités et sait qu’avec son aide et ses conseils nous pourrons nous mettre en marche et atteindre l’oasis pour nous y restaurer et nous y reposer sans crainte en lui étant reconnaissant de nous y avoir mené !

En Palestine, surtout à cette époque, les sentiers menant vers les hauts plateaux étaient et sont encore escarpées, à flanc de montagne, caillouteux, trop étroits pour certains obligeant le bétail à s’y engager en file indienne avec le danger permanant d’une chute fatale !

Et le danger était décuplé car la migration, à cause de la chaleur diurne, s’effectuait d’ordinaire la nuit avec évidemment une visibilité réduite !

Nous aussi nous avons à traverser notre « vallée de l’ombre de la mort » c'est-à-dire tous nos problèmes, nos peurs, nos doutes, nos incertitudes, nos renoncements, nos trahisons subies ou non, notre mal être, nos maladies, nos peines et nos chagrins, notre solitude aussi…

Nous aussi, si nous ne connaissons ni un guide fiable, compétant sur qui compter ni la topographie des lieux, si nous avançons à l’aveuglette dans la nuit de nos problèmes, soyons malheureusement assurés d’une chute d’autant plus grave qu’elle interviendra dans un temps et un espace où rien ne la laissait entrevoir !

Dans ce psaume le berger guide son troupeau avec sa houlette et son bâton.

Le bâton, tout le monde connaît ou croit connaître car ce bâton là est différent, nous devrions plutôt traduire ce mot par gourdin clouté, massue hérissée de clous et faite pour asséner des coups violents pouvant entrainer la mort.

Quant à la houlette, il s’agit d’un bâton de berger, muni à son extrémité d'une plaque de fer en forme de gouttière servant à jeter des mottes de terre ou des pierres aux moutons qui s'éloignent du troupeau.

Par son bâton, ce berger assure au troupeau une sécurité, une sérénité totale et, face aux prédateurs potentiels, un danger de mort : on n’attaque pas impunément et sans risque un berger ainsi armé.

D’ailleurs David, avec son gourdin, n’hésitait pas à s’attaquer au lion et à le mettre en fuite.

Par sa houlette, le berger ramène la brebis égarée au sein du troupeau, la corrigeant doucement en quelque sorte pour lui éviter un danger qu’elle ignore ou ne voit pas mais que lui à parfaitement identifié.

Sa houlette est un gage de sécurité pour les brebis.

Je n’ai pas besoin de développer, pour nous chrétiens, l’enseignement à puiser dans cette image :

  • Sans Lui nous ne pouvons rien faire → Il est notre guide qui nous ramène sur le sentier tracé par Lui et nous protège de tout danger que nous ne pouvons ni saisir ni identifier.
  • Sans nous, Il ne veut rien faire → si, comme le troupeau, nous refusons de nous mettre en route, de sortir de l’enclos de nos certitudes, de nos suffisances, de nos peurs et de nos doutes, Il ne bougera pas non plus et la faim et la soif spirituelle diminueront jusqu’à se tarir pour donner toute sa place à la mort spirituelle, prélude à la mort physique.

Tous les bergers vous le diront : les brebis connaissent, reconnaissent la voix du pâtre, viennent à lui quand il les appelle, elles sont comme rassurées par sa présence et le timbre de sa voix.

Elles ne répondront jamais à l’appel de l’étranger car cette relation de confiance en leur berger ne s’est pas établie avec lui.

Bibliquement parlant, quand David écrit «  A cause de son nom » cela induit la notion d’entier, de révélation de tout son être, de connaissance intime de la personne.

Et c’est cette intimité dans notre relation avec le Grand Dieu de l’univers qui nous ouvre, au travers de sa fidélité, l’abondance de sa grâce et de son amour.

Le psaume 91 au verset 14 ne dit rien de plus :

Puisqu'il m'aime, je le délivrerai; Je le protégerai, puisqu'il connaît mon nom.

La connaissance du nom de l’Eternel est un gage d’amour et de bénédiction !

3 - Un bon berger dans la bergerie.

Au Proche Orient, comme dans toutes les régions pastorales du monde, quand arrive la mauvaise saison et que le retour à la bergerie se dessine, le berger rassemble son troupeau pour le retour dans la vallée.

Cette opération a aussi lieu dans les zones de pâturages à la fin de la journée s’il existe un enclos pour parquer les animaux.

Quoiqu’il en soit, le pasteur procède toujours de la même manière :

A l’entrée de la bergerie, au seuil de la porte, il dépose une planche de bois avec une bouteille d’huile d’olives, quelques crèmes et onguents et passe en revue ses brebis une par une pour vérifier qu’elles ne sont ni blessées ni malades.

Si tel est le cas, il leur prodigue ses soins pour assurer leur guérison.

En fait, au seuil de la bergerie, les brebis ne retrouvent pas qu’un enclos sécurisé, elles y trouvent leur berger qui prend soin de chacune d’elle en particulier, l’examine et la restaure si nécessaire.

Ce berger là n’est pas un mercenaire, indifférent au sort des bêtes qu’il a en charge. A une relation de confiance fait en quelque sorte écho une relation d’amour pour ses brebis.

Et David, l’auteur du psaume, sait de quoi il parle de berger qu’il était.

Il a vu Dieu à l’œuvre dans ces pérégrinations, ses épreuves, ses peurs, ses souffrances, ses doutes, ses angoisses…

Il a vu un Dieu agissant parce qu’il connaissait – au sens biblique – son nom et il a gouté à la consolation, à la restauration, au rétablissement de toute sa personne, porté par la grâce et l’amour infini de Dieu.

Nous sommes en route vers la bergerie de Dieu, le chemin peut nous paraître long, chaotique et incertain, le doute et les craintes peuvent nous faire marquer un arrêt dans notre progression mais notre berger, avec sa houlette nous ramènera toujours sur le sentier de la vie éternelle qu’il a tracé pour nous.

Et si un danger nous menace, son bâton nous protègera de toute intrusion car il est fidèle et juste pour nous délivrer de toutes nos peurs et de toutes chaînes et si, comme David, nous passons par la vallée de l’ombre des épreuves, la connaissance de son nom nous assurera sa protection et son amour et sa grâce nous auront déjà préparé le moyen d’en triompher.

Oui, le bonheur et la grâce m'accompagneront tous les jours de ma vie, et j'habiterai dans la maison de l'Eternel jusqu'à la fin de mes jours.

Amen.