MARC 1:21-28
« Ils se rendirent à Capernaüm. Et, le jour du sabbat, Jésus entra dans la synagogue et se mit à enseigner. Ils étaient étonnés de son enseignement ; car il enseignait comme ayant autorité et non pas comme les scribes. Il se trouvait justement dans leur synagogue un homme (possédé) d'un esprit impur, et qui s'écria : Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. Jésus le menaça : Tais-toi et sors de cet homme. L'esprit impur sortit de cet homme dans une convulsion et en poussant un grand cri. Tous furent saisis de stupeur, de sorte qu'ils se demandaient les uns aux autres : Qu'est-ce que ceci ? Une nouvelle doctrine (donnée) avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent. Et sa renommée se répandit aussitôt dans toute la région de la Galilée. »

Quelques versets plus tôt il nous est dit que Jésus, passant sur le bord de la mer de Galilée vit une première fois deux frères qui péchaient et, à son appel lâchèrent tout pour le suivre.

Quelques hectomètres plus loin la même scène se répète avec deux autres frères 

Que de hasard et, disons le d’invraisemblance à priori.

Jean Claude et toi Thierry, cousins germains, si vous étiez à Barrarach entrain de pécher et que, ne m’ayant jamais vu, passant par là et sur cette parole « venez à ma suite et je ferai de vous des pécheurs d’hommes » auriez vous laissé sur le champ vos filets pour me suivre, sans savoir ni où ni pourquoi ?

Imaginez la tête de Martine et d’Evelyne si tel avait été le cas !

Et cette scène hallucinante se répète à peu de distance de là, avec des acteurs identiques dans leur condition et leur lien de parenté : deux frères pratiquant le métier de la pêche !

Cette scène, s’il n’y avait pas eu une suite, aurait paru loufoque, surréaliste et, disons le tout net, invraisemblable.

Alors, que s’est il réellement passé ? Quelle motivation les a poussé à accomplir ce geste apparemment insensé ?

On peut y avoir le charisme de Christ, son audace et son autorité mais aussi une certaine curiosité : qu’est ce que cet illuminé veut faire, attend, qu’est ce qu’il a dit ? Suivons-le pour voir un peu pour voir, cela nous changera de la routine !

Et puis, à l’appel des deux autres frères et devant leur même réaction, il y a eu comme une émulation, un effet boule de neige : s’ils le suivent ont ils du se dire réciproquement, faisons comme eux…pour voir !

Nous sommes au Moyen Orient, il n’était pas rare qu’un rabbi, prophète passe dans le coin, et les distractions étaient rares !

Mais il fallait forcément une suite, un fait nouveau qui les stupéfie sinon ils seraient retournés tout aussi tranquillement à leur tâche première : la pêche !

Alors, que s’est il passé ?

Ils entrent dans la synagogue et, toujours le hasard, il y a justement une réunion, un culte dirions nous.

Alors que les 4 frères y entrent, pas de problème, ils sont connus, reconnus, ils sont du pays, de Séné, mais qui est cet étranger avec eux ? Et puis on se souvient qu’il y a élu domicile, qu’il annonce le royaume de Dieu d’une manière différente, plus originale aussi.

Et là, dans cette synagogue, on lui donne la parole, comme c’était l’usage : le jour du sabbat, on avait l’habitude de lire les Ecritures, puis on invitait un des participants à en faire un commentaire.

Et puis c’était aussi l’occasion de le tester, de voir et d’entendre ce qu’il avait à dire, ce qu’il « avait dans le ventre » lui qui annonçait un message si différent !

Une occasion aussi, peut être de le piéger, de le coincer s’il venait à dévier de la tradition !

Il n’y avait donc pas que les scribes qui pouvaient prendre la parole dans une synagogue. Mais ils sont quand même là. Ils sont là pour nous faire comprendre quelque chose d’essentiel à propos de Jésus.

Cette différence essentielle entre Jésus et les scribes, c’est leurs façons d’enseigner qui va la révéler : de Jésus, l’Evangéliste nous dit que les gens étaient frappés par son enseignement, parce qu’il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes. Oui, ce qui caractérise Jésus, c’est son autorité, qui contraste avec celle des scribes. Mais dire cela nous amène à nous poser une question cruciale : si Jésus avait cette autorité, pourquoi a-t-il connu l’échec ? Pourquoi n’a-t-il pas convaincu tout le monde ? Pourquoi a-t-il été condamné ?

Si cette question surgit, c’est parce que notre société a une conception confuse de l’autorité. Pour nous aujourd’hui, celui qui a de l’autorité, c’est celui qui impose efficacement ses idées aux autres, celui qui arrive à ses fins. 

Notre confusion par rapport à l’autorité tient au fait que, aujourd’hui, nous avons tendance à confondre autorité et pouvoir. Jésus avait de l’autorité, mais il s’est heurté aux pouvoirs établis. En fait, Jésus a de l’autorité, mais il n’a pas de pouvoir. Le pouvoir, vous vous souvenez, il y a renoncé lors de la tentation au désert.

En quoi Jésus avait-il de l’autorité, et quelle était son autorité ? 

Dans ce récit, l’autorité de Jésus ne vient pas du miracle qu’il fait, de cet exorcisme qui frappe les imaginations. Bien sûr, les gens présents dans la synagogue ce matin-là sont frappés de son autorité après avoir vu ce miracle, mais l’Evangéliste prend bien soin de nous dire avant que Jésus avait cette autorité, et que cette autorité était liée à son enseignement. 

Jésus parle avec autorité à l’esprit impur. C’est parce que Jésus a cette autorité qu’il fait ce miracle, et non parce qu’il fait ce miracle qu’il prend de l’autorité. Son autorité vient de son enseignement. Ce qui fait la différence, ce ne sont donc pas ses miracles, mais ses paroles.

Revenons à notre texte, il nous ait dit que Jésus, étant dans la synagogue enseignait !

Etrange d’une part qu’il enseigna et d’autre part qu’il n’ait pas été stoppé par les scribes car la coutume voulait que la personne désignée, acceptée comme digne, lise un texte de la torah et en fasse un commentaire, point final.

Mais là nous ne sommes plus dans le commentaire mais dans l’enseignement et un enseignement qui s’adresse à tous, scribes et religieux compris !

Et la richesse, la qualité de cet enseignement est tel que tous sont scotchés, pendus à ses lèvres !

Cet enseignement impressionne autant qu’il stupéfie dans le bon sens du terme : il provoque une grande surprise, il étonne autant qu’il détonne.

Et surtout il interroge, il ne donne pas toujours de réponse mais amène l’auditeur à analyser, chercher, connaître, se connaître comme disait Socrate et, en fin de compte changer, faire un retour sur soi ce qui se traduit par le mot conversion.

La foi se nourrit de questionnements et Jésus est là pour y répondre.

Il amène l’homme à réaliser qu’il y a des choses qu’il peut faire de manière positive en faisant le choix du bien et du mieux et d’autres où il n’y arrivera pas sans l’aide de Dieu.

Mais qu’enseigne t il au juste ce jour là ? Rien n’est dit mais ses paroles « d’enseignement » sont comme le signe avant coureur du vrai enseignement qui va suivre : Jésus est venu sur terre pour libérer les captifs !

C’est le récit lui-même qui constitue un enseignement et il réside dans ce qui est en train de se dérouler entre trois personnages : la foule, l’homme prisonnier d’un esprit impur et Jésus.

C’est l’action elle-même qui est un enseignement.

Et là, subitement, l’action s’accélère, tout semble se figer dans un face à face où l’on pressent qu’il va y avoir un défi, un combat dont l’issue sera déterminante pour la suite du ministère de ce Jésus : comment va-t-il réagir ?

A cet égard, la personnalité de l’homme possédé prend un relief particulier. C’est lui qui interpelle Jésus, dans une démarche extraordinairement agressive.

Lui, il sait où, plus précisément, une part de lui sait et cette part à un nom, même si le texte ne l’évoque pas mais le suggère : Satan.

Il sait que Jésus est le saint de Dieu. Il a vingt sur vingt à l’examen de catéchisme. Il est possesseur d’une certitude.

Mais il sait aussi que l’homme qui est en face de lui n’est pas comme tous ces religieux qu’il côtoie régulièrement et dont il ne craint pas grand-chose, il sait que de cette confrontation va sortir un vainqueur et un vaincu mais aussi et surtout qu’une autorité nouvelle car venant de Dieu Lui-même entraîne dans son sillage sa Puissance infini.

Les paroles de cet homme interpellent par l’emploie des pronoms et des verbes quand il s’adresse à Jésus comme passant du « nous » au « je ».

Il y a comme deux personnes qui s’expriment en même temps, l’une de forme plurielle, qui sent la menace et l’exprime sur un ton craintif, redoutant la réponse - Que nous veux tu, es tu venu pour nous perdre - et l’autre de forme singulière exprimant une certitude absolue et inconditionnelle – Je sais qui tu es : le Saint de Dieu –

Et cette dualité n’a pu se manifester qu’en présence de Jésus, cet homme n’était-il pas dans la synagogue depuis longtemps et pourtant rien ne se passait !

Et il en est de même aujourd’hui ! Bien des « chrétiens » dorment dans nos assemblées ou ailleurs tant qu’elles ne sont pas interpellées directement par le Saint Esprit ou le charisme d’un frère ou d’une sœur, enseignant ou non.

Ce n’est que la présence du Seigneur qui réveille la part obscure qui sommeille en nous car ne vous y trompez pas, ce n’est pas parce que vous êtes baptisés, que vous assistez aux réunions, que vous faîtes des œuvres que vous n’avez pas besoin que le ménage soit fait.

J’ai eu bien souvent l’occasion de voir que des chrétiens apparemment sans problème majeur avaient besoin néanmoins de délivrance, à commencer par moi !

Et cet homme avait en lui ce coté sombre, obscur tout en cherchant Dieu car sinon il n’aurait pas été à la synagogue et d’ailleurs avait il conscience de son mal être ou plus exactement de sa cause ?

Mais il avait aussi cette connaissance, même très imparfaite, de l’amour et de la sainteté de Dieu, cette étincelle divine, cette relation de père à fils qui a permis cette révélation spontanée, cette parole de connaissance, qu’il a comme expulsée de lui-même : « tu es le Saint de Dieu ».

Que fait Jésus ? Il ne fait d’introspection, il ne débat pas essayant de distinguer ce qui relève du psychique de ce qui relève de l’irrationnel, de ce qui relève de l’humain de ce qui relève de l’esprit.

Il sait comme les esprits qui sont en face de lui savent qu’on ne discute pas mais qu’on marque son camp de manière claire, sans compromis ou compromission.

« Ceux qui ne sont pas avec moi sont contre moi » dira t il.

Alors il ordonne : ferme la, nos traductions « aseptisées » traduisent « tais-toi » mais non il a bien dit « ferme-la » comme pour bien marquer qui il est, au-dessus de tout et de tous !

On ne discute pas avec Dieu ! Il délivre une parole d’autorité qui est à la fois libératrice et constructive.

Libératrice car elle coupe court à toute discussion, ergotie, construction mentale venant polluer notre sens critique et une saine analyse de la situation.

Constructive car elle va emmener cet homme à se repenser, se reconstruire une fois libéré de tous ces esprits qui, en le tenant captif, altéraient ses capacités mentales, faisant obstacle à une saine vision et compréhension des réalités spirituelles et humaines du monde à l’entour.

Mais il ordonne aussi « Sors de lui », dégage pour parler plus crûment.

Et l’effet est immédiat : l’esprit ou les esprits qualifiés sous le vocable généraliste « impur » quittent sur le champ cet homme provocant stupéfaction et crainte parmi l’auditoire.

D’où lui venait cette autorité pour que, avant même qu’il ne l’exerce, l’esprit impur en est perçu la pertinence et le danger ?

Jusque là, l’autorité des scribes visait à maintenir ceux qui les écoutaient dans la soumission et la dépendance.

Il y a beaucoup d’autorités, qui dans le cadre même du christianisme, fonctionnent de la sorte.

On peut invoquer la tradition, par exemple. On peut invoquer un magistère de l’Eglise qui prétend définir l’interprétation juste des contenus de la foi.

On peut invoquer l’autorité d’une Ecriture qui s’imposerait à la lettre ou encore celle de l’Esprit qui agirait de manière immédiate en dictant à certains ce qu’ils doivent dire et faire.

L’Evangile suggère l’existence d’une autorité indissociable d’un consentement intérieur à une parole qui touche le cœur, l’intelligence, la volonté de celui qui l’écoute et qui se l’approprie librement.

Mais Lui, Jésus, d’où tire-t-il cette autorité nouvelle ?

Il ne se réclame d’aucune autorité. Il ne se réfère à aucune institution. Il n’est pas prêtre, il n’est pas légiste. Il n’est pas docteur en Israël. C’est un sans-grade.

Il n’appartient à aucune corporation. Il n’invoque aucune tradition. Il ne revendique pas non plus une autorité personnelle, charismatique, comme le font tant de messies autoproclamés.

Il n’a pas même la prétention de parler au nom de Dieu.

Dans la vie, il y a beaucoup de donneurs de leçons, de morale, d’instruction religieuse et de catéchisme. Mais les hommes qui parlent vrai, qui cherchent à être avant tout des éveilleurs, sont moins nombreux.

Le mot autorité vient du latin « auctoritas », dont la racine se rattache au même groupe que « augere » qui signifie augmenter. On retrouve aussi cette racine dans le mot auteur. L’autorité a une fonction de croissance. La véritable autorité est celle qui grandit l'autre. C’est celle qui permet à l’autre de s’élever.

L’autorité de Jésus ne vient pas de lui-même, mais elle s’appuie sur le meilleur fondement qui soit : son Père céleste, c’est-à-dire Dieu lui-même. Voilà la grande différence.

Les scribes, eux, se sont enfermés en eux-mêmes et dans leur propre compréhension des textes. Dans les études qu’ils en font, ils n’ont pas de regard pour la transcendance, ils se privent ainsi d’un regard extérieur à eux-mêmes, et c’est pour cela que leur enseignement est confus, sans pertinence : ils sont incapables d’en dégager un sens qui soit évident pour tous.

Se coupant des racines mêmes qui nourrissent et vivifient les écritures, ils n’en n’ont qu’une lecture « historique », moralisatrice et non pas libératrice.

Avec Jésus, c’est différent : ce qu’il dit ne vient pas de lui-même. Son message est clair, simple, limpide : c’est le message de la grâce qui annonce que Dieu est amour, qu’il pardonne mais aussi qu’il libère des chaines tissées par l’homme lui-même dans sa méconnaissance de Dieu en tant que Père et/ou des puissances maléfiques qui sont à l’œuvre dans le monde.

Oui, Jésus est le dépositaire de l’autorité venant du Père, autorité qu’il met en scène devant ses premiers disciples, ses premiers témoins et, comme une invitation par delà le temps, il nous demande à notre tour d’entrer en scène, d’être tour à tour comme cet homme lié par des puissances obscures qui ne se sont manifestées qu’à son contact mais qui en ont été chassées par l’autorité de sa parole ; d’être aussi ses disciples qui prononceront cette parole d’autorité pour libérer les captifs et annoncer le royaume.

Oui, sachons discerner le vrai du faux, le bon du mauvais, sachons résister à Satan pour qu’il fuit loin de nous et souvenons-nous que nous aussi avons besoin de cette libération du cœur, de l’âme et de l’esprit sous peine d’endormissement spirituel.

Amen.

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