Ecclésiaste 3:1-8 Il y a un moment pour tout, un temps pour toute chose sous le ciel : Un temps pour enfanter et un temps pour mourir ; Un temps pour planter et un temps pour arracher le plant ; Un temps pour tuer et un temps pour guérir ; Un temps pour démolir et un temps pour bâtir ; Un temps pour pleurer et un temps pour rire ; Un temps pour se lamenter et un temps pour danser ; Un temps pour jeter des pierres et un temps pour ramasser des pierres; Un temps pour étreindre et un temps pour s'éloigner de l'étreinte; Un temps pour chercher et un temps pour perdre; Un temps pour garder et un temps pour jeter ; Un temps pour déchirer et un temps pour recoudre ; Un temps pour se taire et un temps pour parler ; Un temps pour aimer et un temps pour haïr ; Un temps de guerre et un temps de paix.

 

Nous allons parler aujourd’hui du temps. Non pas du temps qu’il fait dehors, mais de celui que l’on exprime en terme de durée.

 

Le temps est un concept inventé par l’être humain pour appréhender les changements dans le monde mais aussi dans notre être tout entier.

 

Il structure notre pensée et notre vie quotidienne, au point même que la précision de sa mesure a toujours représenté une quête scientifique.

 

On le mesure maintenant grâce à l’atome de césium, avec une précision de l’ordre de 16 chiffres après la virgule d’une seconde !

 

La notion de temps est aussi synonyme de durée et donc à la fois de vie et à la fois de mort ou, si vous préférez, de commencement et de fin.

 

Pourquoi parler du temps ?

 

   Le temps est partout, il fait partie de notre quotidien, et pourtant on ne sait pas grand-chose de lui.

 

Une heure de mon temps peut me paraître une éternité si je suis sur un lit d’hôpital alors que cette même heure en pratiquant mon sport préféré passera en un éclair.

 

D’où vient ce contraste de perception ?

 

Nous avons chacun un rapport au temps différent. Certains chronomètrent toutes leurs actions, tandis que d’autres peuvent vivre sans montre. Que montrent ces différences ?

 

Il existe des dizaines de méthodes d’optimisation du temps. Laquelle est la meilleure ?

 

Les premières réflexions autour du temps sont apparues chez les Grecs de l’Antiquité. Ils ont ainsi défini 3 types de temps :

 

Chronos : le temps physique. C’est le temps que nous mesurons chronologiquement.

 

Kairos : le temps métaphysique. C’est le point de basculement décisif, avec un « avant » et un « après ».

 

Aiôn : le temps cyclique.

 

Le temps Chronos

 

Dans la mythologie grecque, Chronos était le dieu représentant la personnification du temps, et notamment des douze heures du jour ou de la nuit.

Le temps Chronos, c’est celui que nous connaissons tous, c’est le temps physique.

Il permet de segmenter le temps en passé, présent et futur, grâce aux unités de mesure telles que la seconde, la minute, l’heure, etc.

Ce temps est quantitatif et linéaire.

 

Le temps Kairos

 

Le temps Kairos est un temps métaphysique. C’est le point de basculement décisif, avec une notion d’avant et d’après, où quelque chose de spécial arrive.

Par exemple, vous êtes-vous déjà dit : « Maintenant est le bon moment pour agir », sans qu’il n’y ait d’éléments objectifs validant cette affirmation ? Cela est en fait l’expression de la sensation du temps Kairos.

 

Contrairement à Chronos, le temps Kairos n’est pas linéaire, il est qualitatif, c’est le temps « entre ».

Il ne se mesure pas, il est immatériel et se ressent. C’est une autre dimension du temps qui crée de la profondeur dans l’instant.

 

Le temps Aiôn

 

Aiôn était une divinité grecque associée au temps, au cercle englobant l’univers (selon les croyances grecques) et au zodiaque.

 

Ce temps est peu connu. C’est le temps des cycles, comme les saisons, la respiration, le sommeil, etc.

Il n’a pas de bornes et peut également signifier la destinée, l’âge, la génération ou l’éternité.

On retrouve notamment le terme Aiôn en géologie. Il désigne une période indéfiniment longue, telle que les phases géologiques de formation de la Terre.

 

Ainsi défini, cette notion de temps, pour nous chrétiens et, plus largement, pour tout croyant, se heurte à un obstacle en apparence insurmontable :

 

Comment concilier l’éternité et la temporalité d’ici bas, autrement dit si Dieu est éternel il est fatalement hors du temps ce qui induit la notion de création puisque l’acte initial d’apparition de la matière puis de la vie « dans le temps » a forcément un début qui ne peut se situer que dans un point « Kairos » ou point de basculement décisif, avec une notion d’avant et d’après, où quelque chose de spécial arrive.

 

On passe d’un stade hors du temps à un stade dans le temps. Dans la création s’entrecroisent ce qu’EINSTEIN appellera « l’espace- temps ».

 

Christ Lui-même ne dit-il pas : « Avant que le monde ne soit, Je suis ». Il ne dit pas « j’étais » mais bien « Je suis ».

 

Alors oui, il y a bien « un temps » dans le temps pour chacun d’entre nous et ce temps, sans entrer dans les équations mathématiques de ce même EINSTEIN, est relatif en fonction de nos émotions, de notre ressenti, de notre situation présente.

 

Pour paraphraser Paul ELUARD nous pourrions dire « Je perçois le temps comme je le vis et non comme il s’écoule »

 

Il y a un temps pour tout, un temps pour vivre, un temps pour mourir, un temps pour la paix, un temps pour la guerre...

Dire qu'il y a un temps pour tout est une affirmation qui semble évidence, pourtant elle est plus profonde qu'on peut le croire.

 

S’il y a un temps pour faire, dire, être etc. cela veut dire aussi qu'il n'y a pas de morale absolue possible, aucune chose n'est bonne ou mauvaise en soi, tout dépend du contexte.

 

Si chaque chose a un temps, alors pour chaque chose, il y a un temps où elle peut être bonne, et aussi un temps où elle peut n'être plus bonne.

 

On ne peut jamais dire qu'il faut toujours faire une chose ou ne jamais en faire une autre, tout dépend du moment, de la circonstance, de la situation.

 

Cela implique que la religion qui, elle, parle de l'absolu, ne peut pas être un moralisme. Elle ne saurait donner une liste de choses interdites, ou à faire toujours.

 

Ce qui peut être bon à un moment peut ne plus l'être à un autre.

 

L'Evangile ne peut se réduire à une morale, ce qui compte, c'est de faire ce qu'il faut, et pour cela, il n'y pas de recette, pas de réponse simple et définitive. Pour trouver ce qu'il faut faire ou ne pas faire, il faut donc réfléchir, il faut chercher, inventer, se montrer disponible, aimer, prier, méditer. C'est la responsabilité de chacun.

 

Nous avons tous eu, à un moment ou à un autre, l’occasion d’assister, de voir ou d’entendre des messages délivrés par des prédicateurs, pasteurs etc.

 

Le message délivré, dès lors qu’il est foncièrement, pleinement biblique, va s’adresser à un certain nombre de personnes de l’auditoire ou même à une seule personne car c’est le temps pour eux ou pour elle de l’entendre.

 

Mais ce n’est pas forcément le temps pour toi !

 

Lorsque j’entends dire de tel ou tel message délivré par tel ou tel prédicateur de passage «  il a parlé sur tel thème et je puis dire que nous sommes loin du compte, nous n’entrons pas dans ce schéma » je réponds « c’était le temps pour toi de l’entendre, mais ne généralise pas à ton assemblée car tu ne connais pas le secret des cœurs et surtout tu ne connais pas le plan de Dieu pour chacun de tes frères et sœurs ».

 

Ce qui peut être bon à un moment pour toi peut ne plus l'être à un autre moment et ce que tu as retenu sur le moment peut l’avoir été ou le sera à un autre moment pour ton frère.

 

Oui il y a un temps pour tout et pour tous.

 

Chacun a des choix à faire, personne ne peut les prendre à sa place, ni juger vraiment les choix de l'autre.

 

La force de l'homme c'est précisément de savoir s'adapter au moment et à la situation.

 

Chaque situation particulière doit donc avoir une réponse particulière.

 

La question est donc sans cesse de trouver ce qu'il y a de meilleur à faire, mais quel critère pouvons nous avoir pour choisir ? Sans doute le critère ultime est-il celui de l'amour.

 

L'amour n'impose pas une manière de faire, juste une attention à l'autre, une préoccupation du meilleur bien de l'autre. L'amour n'est pas une morale, par amour on peut dire la vérité ou mentir, on peut faire preuve de douceur, ou d'une certaine violence.

 

Mais l’amour à un frère, un jumeau dirai-je : le respect qui se décline à deux niveaux :

 

Respect de soi

 

Pour imposer le respect aux autres, il convient déjà de se respecter soi-même. Donc de ne s’accorder une juste valeur, ni trop basse ni trop haute.

 

Se respecter suppose de prendre le risque de se définir. De se positionner, de s’affirmer et même de se confronter dans des rapports de force qui ne nous sont pas toujours favorables.

 

Se respecter c’est aussi agir avec la décence qui convient.

 

Quand mon attitude devient choquante, provocante, quelle image je donne de moi-même et du Christ qui vit en moi, quelle peut être ma crédibilité en tant que fils ou fille du roi des rois, quelle image je donne face aux puissances de l’air ?

 

Le non respect de moi-même, ne nous y trompons pas, attriste le Saint Esprit et nous renvoi à notre condition première à savoir des êtres qui ne sont pas nés de nouveau et qui sont encore dans les chaînes.

 

Respect de l’autre

 

Respecter l’autre, c’est entrer dans la dimension voulue par Christ : « A ceci tous verrons que vous êtes mes disciples si vous avez de l’amour, de la compassion et du respect les uns pour les autres »

 

Celui qui ne respecte pas son frère ne respecte pas Dieu car nous sommes tous faits à l’image de Dieu.

 

Quoi qu'il en soit, donc, la réponse n'est jamais simple, et surtout, il ne convient jamais d'avoir une réponse à appliquer dans tous les cas et toujours.

 

La fécondité vient aussi, souvent, de la diversité.

 

Labourer toujours ne mènerait à rien, il faut labourer, mais aussi à un autre moment planter, et à un autre encore récolter.

 

Le fait même de changer d'activité, ou de réponse est essentiel pour la fécondité.

 

Il ne faut pas en effet prier sans cesse, ni œuvrer sans cesse, parfois il faut prier et parfois œuvrer, et c'est l'alternance de ce qui, dans notre vie vient de Dieu et vient de nous, qui fait la fécondité de notre existence.

 

Dire : « il faut toujours... » est aussi absurde que de dire, « il faut toujours labourer ».

 

Cela montre la stérilité du moralisme et de l'intégrisme qui fonctionnent avec des principes immuables.

 

Les principes sont mauvais et stériles.

 

Tout absolu moral est une incompréhension du plan de Dieu.

 

Ce qui compte, c'est l'ensemble des actes, leur cohérence, et que l'ensemble conduise à quelque chose de positif, à quelque chose voulu par Dieu pour moi, pour les autres ou pour moi et pour les autres.

 

Donc l'essentiel, ce n'est pas tant des principes ou des critères simples de morale, du bien et du mal, mais qu'il y ait un principe unificateur.

Et c’est en cela que l’exemple de Christ est essentiel, primordial, précurseur d’un monde, que dis-je, d’un royaume à venir.

 

Le Royaume de Dieu que prêchait Jésus n'était pas uniquement quelque chose au futur, mais quelque chose au présent.

 

Il était lui-même la preuve que le Royaume de Dieu commençait de se dérouler devant les témoins de sa vie. Et il n'a cessé de demander à ses disciples d'alors et de plus tard d'être aussi des témoins et des acteurs de ce même Royaume de Dieu, de mettre en pratique ses préceptes, de mettre en application ici et maintenant l'amour qu'ils ont reçu de Dieu.

 

Et le Royaume de Dieu a la double particularité d’être intemporel puisqu’éternel et temporel puisque nous pouvons et devons le vivre sur cette terre.

 

Oui le Kairos de Dieu est pour nous le moment favorable.

 

Et le moment favorable, c'est à chaque fois que Dieu lui-même est intervenu, qu'il a parlé, qu'il a agi.

 

Mais le moment favorable, c'est aussi le moment où chaque homme a une décision à prendre. Il ne s'agit pas alors de reculer. Finie la procrastination, mot à la mode qui signifie tendance pathologique à différer, à remettre l'action au lendemain.

 

Non, c'est ici le moment favorable, à chaque fois qu'une alternative se pose devant l'un d'entre nous.

 

Nous autres, chrétiens, avons devant nous le modèle que fut Jésus, que nous appelons Christ. Il nous a laissé un cadre pour mener notre vie, non pas des lois ou des obligations, mais son amour à manifester autour de nous. Notre part est de regarder, d'écouter, de sentir autour de nous quand est ce moment favorable pour témoigner en paroles et en actes de cet amour, de cette grâce dont nous vivons.

 

Ce moment favorable, ce Kairos, c'est pour chacun ce moment où il se décide à entrer dans cette grâce, dans cet amour gratuit, dans ce chemin d'obéissance volontaire, derrière celui qui tient toutes les extrémités du temps.

 

Il était aux origines, il était au nœud, il nous accompagne et il sera à la fin pour toujours. C'est un autre des sens de l'Apocalypse.

 

L'espérance des chrétiens, c'est aussi la résurrection des morts. C'est la résurrection du Christ qui est la garantie de notre résurrection.

 

Par la résurrection nous parachèverons le plan éternel de Dieu : la vie engloutira la mort, les choses anciennes seront passées, toutes choses devenues nouvelles.

 

Le temps chronos sera à son tour englouti par le temps Kairos pour une éternité de vie dans la communion de celui par qui tout a été fait.

 

Cette vie éternelle ne commence pas avec la résurrection, elle commence dès à présent.

 

Jésus ne nous a pas promis l'au-delà, mais la vie, la vie future et la vie présente, celle qui commence quand on se tourne vers lui.

 

Que l'on parle des siècles et des millénaires, de l'éternité ou du moment favorable, le message chrétien est de dire que toujours Dieu est présent, et qu'il est patient, que le temps de Dieu peut à chaque instant devenir le temps de l'homme.

 

 

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