Matthieu 6 : 9 à 13

« Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du Mal
 ».

LeNotre Père(connu également sous son nom latinPater Noster) est la prière la plus répandue parmi les chrétiens, quelle que soit leur dénomination religieuse particulière, car, d'après le Nouveau Testament elle a été enseignée par le Seigneur lui-même à ses apôtres. Le texte se trouve, avec quelques variantes, dans les évangiles de Matthieu et de Luc.

Jésus nous met en garde au sujet de la prière, dans Matthieu 6 : 7 et 8 :

«  En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés.Ne leur ressemblez pas; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez ».

Le « Notre Père » n’est donc qu’un modèle, une clé qui doit s’adapter à chaque situation et à chaque personne.

Alors comment l’interpréter ?

Un jour, alors que je témoignais avec Brigitte à une de ses collègues ayant perdu son mari, parlant du Père céleste, une personne présente me rétorqua :

« Si Dieu est un Père, alors je n’en veux pas car du père que j’ai connu je ne garde de lui que le souvenir d’une brute épaisse, sans tendresse ni affection. Heureusement qu’il y avait ma mère ! »

Avait-il tort ? Pourquoi ce besoin de se tourner vers Marie « la tendre mère » si ce n’est pour y trouver une tendresse maternelle contrebalançant la virilité d’un Père, fût-il Dieu ?

Mais au fait, Dieu n’est-il que Père ?

Comparer Dieu à un Père est bien passé dans les usages. Mais la Bible compare également Dieu à une mère, même si cela a été trop souvent oublié car, jusqu'au siècle dernier, il était apparemment difficile d'imaginer Dieu autrement que comme masculin. Cela semblait une évidence dans une société où un roi, un chef d'entreprise, un savant ou un grand cuisinier ne pouvait être qu'un homme.

La Bible est bien plus ouverte que cela.

Dès la première page de la Bible, il nous est dit que “ Dieu créa l’humain à son image, il le créa à l’image de Dieu, il les créa homme et femme. ” (Genèse 1:27)

Ce récit laisse supposer une parité totale entre l'homme et la femme, et il dit explicitement que l'image de Dieu est ni homme ni femme, mais homme et femme.

La tradition juive a vu à juste titre qu’on ne pouvait qu’en conclure que ce qui est à l’image de Dieu, c’est « homme et femme », et que donc les deux sont en lui, Dieu est à la fois homme et femme, père et mère depuis toujours.

C’est ce qu’a représenté Rembrandt dans son tableau représentant le père accueillant le fils prodigue. Ce père représente Dieu, et en bon protestant, Rembrandt n’a pas craint de lui attribuer une main féminine. Ainsi des deux mains du Père, l’une est une main d’homme et l’autre une main de femme. Il avait raison, Dieu n’est vraiment compréhensible que si on lui incorpore cette féminité essentielle.

Il y a également des passages où Dieu est comparé à une mère qui nous enfante et qui nous allaite. Cela adoucit considérablement l'idée que nous pouvons nous faire de Dieu. Il n'est pas seulement le Père qui dirige comme un Seigneur, il est aussi la Mère qui nous enfante et nous allaite avec tendresse.

En fait Dieu est à la fois Père et Mère comme le dit Saint Augustin dans son discours sur le Psaume 27 : “ Dieu est un père, parce qu’il crée, parce qu’il appelle à son service, parce qu’il ordonne, parce qu’il gouverne ; il est une mère, parce qu’il réchauffe, qu’il nourrit, qu’il allaite, qu’il porte dans son sein.

Les références bibliques d’un Dieu « mère » ne manquent pas, et à titre d’exemple :

Es 49:14-15, l’Eternel à Israël: “Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit? Cesse-t-elle d’aimer l’enfant qu’elle a conçu? Et même si les mères oubliaient leurs enfants, je ne t’oublierai pas.”

Es 66:11: “Car vous serez nourris à son sein qui console jusqu’à en être rassasiés.”

Es 66:13: “Comme un enfant que sa mère console, je vous consolerai.”

Ps 131:2: “Je suis resté tranquille et dans le calme. Je me sentais comme un nourrisson rassasié dans les bras de sa mère, comme un nourrisson apaisé.”

Poursuivons la compréhension du Notre Père :

Qui es aux cieux. Certaines traductions mentionnent : Qui es au ciel.

Alors les cieux ou le ciel, quelle traduction est la bonne ? Bien que n’étant pas normand je répondrai les deux à la condition de les adapter.

Au ciel :

Il s’agit du ciel de gloire, le siège de notre destinée humaine en tant qu’enfants de Dieu. L'apôtre Paul y a été enlevé (ravi) et y a entendu des choses ineffables, sans pouvoir préciser si c'était en esprit ou avec son corps.

« Je connais un homme en Christ, qui fut, il y a quatorze ans, ravi jusqu’au troisième ciel (si ce fut dans son corps je ne sais, si ce fut hors de son corps je ne sais, Dieu le sait ).
Et je sais que cet homme (si ce fut dans son corps ou sans son corps je ne sais, Dieu le sait) fut enlevé dans le paradis, et qu’il entendit des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à un homme d’exprimer ». 2 Corinthiens 12:2-4

Pour être complet, nous devrions dire : qui es au ciel, ce ciel qui est au-dessus de tous les cieux.

Aux cieux :

Bien qu’Il demeure dans le troisième ciel – dans une conception spirituelle – Il est tout puissant sur l’ensemble de sa création, visible et invisible, donc sur tous les cieux.

Qui es aux cieux doit s’entendre qui a la toute puissance sur toute sa création, visible ou non.

Que ton nom soit sanctifié.

N’est-il pas sanctifié ? Que veut dire sanctifié ?

La sanctification estle processus par lequel une personne se libère du péché et devient pure et sainte par l’œuvre de Jésus Christ à la croix.

Nous comprenons bien que Dieu est par nature Saint, trois fois Saint et étranger au péché.

Mais être sanctifié signifie aussi mis à part pour Dieu. La sanctification est le fruit de la libération de la vieille nature et de l'abandon du vieil homme, ce qui n'est possible que par le sacrifice expiatoire de Jésus-Christ.

Nous devons comprendre : que par ton nom je sois mis à part pour Toi et déclaré libre du péché et justifié par le sacrifice expiatoire de Jésus-Christ.

Que ton règne vienne.

« Que ton règne vienne. » Quel est ce lieu divin que nous appelons de nos vœux ? Un nouveau monde ? Un éden retrouvé ? Quand viendra-t-il ? Et que ferons-nous alors de cette terre que Dieu a donnée en partage à tous les hommes ?

Dès qu’il s’agit du royaume de Dieu, les questions se bousculent de la même manière qu’elles agitaient l’esprit de ceux qui entendaient la prédication de Jésus. Ils guettaient des signes avant-coureurs, impatients d’en finir avec ce monde de corruption, de misère et d’injustice. Ils voyaient déjà tout Israël rassemblé en ce domaine royal. Toutefois ils s’interrogeaient sur ce royaume dont Jésus constatait déjà la présence au milieu d’eux.

Ce règne est-il présent ou futur ? Ici ou ailleurs ? Intérieur ou extérieur ? Personnel ou collectif ? Dans la ligne de l’accomplissement ou de la rupture ?

Pour éviter le piège des oppositions, nous devons tout simplement accueillir l’annonce du royaume comme l’avènement de l’heure de Dieu où chacun est appelé, par des actes de miséricorde et d’amour, à se décider pour Lui et pour son prochain, ici et maintenant.

La proximité du règne de Dieu est une certitude de croyant. Elle implique une décision, un retournement, où l’homme réalise que Dieu le concerne et veut le bonheur de tous. Le règne de Dieu dépend de ses habitants. Le ferment est à l’œuvre en pleine pâte, mais son efficacité est constamment entravée. 

C’est pour cela que Jésus nous invite à quitter non pas ce monde-ci mais notre façon de voir, de vivre, de croire :

Comme écrit dans notre « charte d’assemblée » Dieu veut que nous soyions bousculés par Son Esprit pour que germent les prémices de cet irrésistible royaume. Oui, que deviendrait le royaume si l’homme venait à lui manquer ?

Dieu veut un homme neuf, en qui le Christ a pris forme, un frère, un serviteur. Cet homme possède quelque chose du royaume qui vient, il propose un horizon possible pour la communauté des hommes.

Espérer la venue de ce règne parmi nous, c’est être invité à confesser la venue discrète et surprenante de Dieu dans le monde présent. Et même si nous ne le voyons pas s’accomplir, espérer qu’il viendra, ne serait-ce pas déjà commencer à en ouvrir la porte d’entrée ?

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Dans notre culture qui refuse toute restriction de la liberté individuelle, la volonté de l’autre apparait comme un obstacle potentiel à l’expression de ma volonté propre. Nous préférons prier : « Quemavolonté soit faite en toutes circonstances » !

Mais ce qui est essentiel c’est de connaître la volonté de Dieu pour moi.

«Dieu veut que tous les hommes soient sauvéset parviennent à la connaissance de la vérité » déclare l’apôtre Paul.

Et l’apôtre Pierre de dire : « Le Seigneur use de patience envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais voulant quetous arrivent à la repentance ».

La Bible nous dit aussi que cette volonté est «bonne, agréable et parfaite». Comment pourrait-il en être autrement d’ailleurs, puisque c’est celle de Dieu, du Dieu d’amour ?

Dès lors la volonté de Dieu, loin d’être aliénante devient émancipatrice de tous mes blocages, frustrations, déceptions, angoisses, doutes etc. car elle est guidée, éclairée, balisée par l’amour pur, sincère et désintéressé.

Nous ne sommes donc pas invités à renoncer à l’exercice de notre volonté pour céder au vouloir capricieux d’une divinité toute-puissante, mais nous demandons que s’accomplisse enfin le projet de salut mis en œuvre dans l’histoire et culminant dans la Pâques du Christ.

Lorsque Jésus dit en entrant dans sa Passion : « Que ta volonté soit faite », il n’adopte donc pas une attitude passive, mais décide librement de se mettre totalement et inconditionnellement au service du dessein de salut de son Père : « Or telle est la volonté de celui qui m’a envoyé : que je ne perde aucun de ceux qu’Il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour » (Jean6,39).

Au fond, lorsque nous prions « Que ta volonté soit faite », nous ne demandons pas tant que Dieu fasse ce qu’il veut – qui pourrait l’en empêcher ? – mais plutôt : que nous puissions consentir à son attente, et faire ce qu’Il veut pour collaborer à son dessein.

Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien.

Le contraste paraît saisissant avec le verset suivant :

Matthieu 4 : 4  « Jésus répondit: Il est écrit: L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».

Alors de quel pain s’agit-il ?

Du pain qui nourrit le corps :

En parlant du mot ‘pain’, remarquez qu’il est suivi d’un autre mot tout aussi important. Il s’agit évidemment du mot ‘quotidien’, ‘notre painquotidien’.

Ce que j’ai appris en préparant ce message c’est que le mot ‘quotidien’ ne constitue pas nécessairement la meilleure traduction du mot grec et il y a certainement matière à discussion.

Dans certaines versions françaises, prenez par exemple la nouvelle version Segond révisée, vous allez retrouver, dans la marge du bas de la page, un bref commentaire à l’effet qu’une autre traduction pourrait se lirele pain de demain.

Donne-nous aujourd’hui le pain de demain. Vous voyez ainsi la différence. Il ne s’agit plus de prier pour le pain quotidien, mais pour le pain dedemain.

Donc nous découvrons que nous prions pour le pain du lendemain. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de toute la différence que cela peut faire dans l’interprétation de cette requête. Du point de vue spirituel, il y a une importante distinction à faire entre ce qui est pouraujourd’huiet ce qui est pourdemain, entre ce qui concerne le temps présent et ce qui est à venir.

Et cela revient à concilier cette parole de Jésus dans Marc 11 : 24 «  C'est pourquoi je vous dis: Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l'avez reçu, et vous le verrez s'accomplir » et la prière pour le pain de demain.

Par la Foi nous nous en emparons!

Du pain qui nourrit l’âme :

Jésus est notre pain spirituel.

Qu’est-ce que tout cela signifie exactement pour nous? Il faut simplement comprendre que le mot ‘pain’ fait allusion à Jésus. Jésus est ce pain, le pain vivant. On ne parle plus seulement que du pain physique, mais aussi d’un pain spirituel. Dans le contexte du Notre Père, prière qui a comme thème central le salut, on demande à Dieu de nous fournir de la nourriture spirituelle, du pain spirituel, pour notre salut.

Cet usage du mot ‘pain’ se voit très nettement dans l’enseignement de Jésus, particulièrement dans l’évangile de Jean. Jésus dit par exemple, ‘Je suis le pain de vie. Je suis le pain de vie qui descend du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement.’

Jésus est ce pain de vie. Il est ce pain du salut. Si nous prions Dieu pour de la nourriture physique, à plus forte raison, ne devons-nous pas aussi prier pour le pain de vie? Et c’est de ce pain spirituel que Jésus fait référence dans sa prière.

Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

A mon avis, nous devrions formuler différemment cette requête :

Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, pardonne-nous à ton tour nos offenses !

Et cela change la lecture que nous en faisons.

Et d’ailleurs qu’entend-on par offenses ?

D'après Matthieu :

Libère-nous de nos dettes (en Grec → opheilèmata) comme nous-mêmes nous libérons ceux qui nous doivent.

D'après Luc :

Libère-nous de nos péchés ( en Grec → hamartia) comme nous-mêmes nous pardonnons.

Traduction courante :

Pardonne-nous nos offenses comme nous, nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

Il est intéressant que Luc et Matthieu diffèrent dans l'expression de ce que Jésus désirait à l'instant de sa prière.

Pour Matthieu, ce que Jésus demande, c'est la libération de toutes « dettes » (opheilèmata) pour lui et pour les autres ; être libre enfin, ne plus rien devoir à personne, ni aux hommes ni à Dieu, pour ne plus avoir à les aimer sous le joug de la nécessité ou de l'échange, mais dans la gratuité et la spontanéité.

Pour Luc, ce que Jésus demande, c'est la libération de toute rancune et de toute rancœur, la délivrance du cœur de tous ces poids et poisons d'amertume accumulés par l'absence de pardon et la culpabilité face aux « péchés » (hamartia) ou errances de l'homme.

Il s'agit de devenir enfin capable de miséricorde, d'«être parfait comme Celui qui est la perfection même», d'«être miséricordieux comme il est miséricordieux »

Ne nous soumets pas à la tentation.

Que d’encre ont fait couler ces paroles, et il y a de quoi !

Si cette phrase du « Notre Père » est tellement discutée, c’est que dans cette seule phrase se concentre la question de l’existence du mal dans le monde et de son rapport avec Dieu, mais encore l’existence de notre liberté.

Les conséquences sont importantes aussi bien pour notre relation à Dieu, que pour notre façon d’encaisser les coups de la vie. C’est donc compréhensible que cette phrase soit sujette à mille interprétations et traductions différentes, depuis Tertullien au IIe siècle jusqu’à nos jours.

Donc, la traduction«Notre Père… ne nous soumets pas à la tentation» est la pire des traductions possibles, car elle laisse supposer que Dieu pourrait être tout à fait pervers, en soufflant des mauvaises idées pour nous les reprocher ensuite… Cela ne nous donne pas tellement envie de le prier, et encore moins de lui ouvrir notre cœur en confiance !

Pour comprendre cette phrase du « Notre Père » il faut garder le sens le plus étendu possible au mot Grec peirasmov.

C’est plus large que la tentation ou l’épreuve, ce sont tous les coups durs de la vie, toutes ces choses négatives, ces événements, ces catastrophes, ces faiblesses et ces travers qui pourraient bien nous entraîner dans une spirale négative.

Quand nous serons persuadés que Dieu n’est source que de bonnes dynamiques positives, cela nous délivrera déjà un peu du mal. Car alors nous pourrons combattre le mal sans arrière-pensée. La pauvreté n’est pas un don de Dieu, la maladie n’est pas une punition voulue par Dieu, ni une épreuve pour nous évaluer ou nous éduquer, les cyclones qui tuent des milliers de pauvres gens ne sont pas dans la volonté de Dieu pour cette terre.

Que nous dit Jacques 1 : 13 « Que personne, lorsqu'il est tenté, ne dise: C'est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal, et il ne tente lui-même personne ».

Mais me direz-vous, que fais-tu du texte de Matthieu 4 : 1-11.


« Alors Jésus fut emmené au désert par l'Esprit, pour être tenté par le diable. Il jeûna durant quarante jours et quarante nuits, après quoi il eut faim ».

Comment interpréter ces deux textes  apparemment contradictoires ?

Si nous avons en mémoire le texte des trois tentations du Christ, il faut se souvenir que juste après son baptême, c’est l’Esprit-saint qui conduit Jésus au désert pour qu’il y soit tenté. Jésus sait d’expérience ce qu’il en est d’affronter le tentateur, Satan. Dans ces paroles Jésus suggère que nous demandions de ne pas vivre un tel combat tant il est intense, radical et extrême.


Au fond, nous pourrions comprendre : « Ne nous fait pas vivre le combat

spirituel extrême qu’a vécu ton Fils Jésus ».

Pour nous convaincre de cette interprétation, il suffit de distinguer l’épreuve de la tentation.

Dieu éprouve ses amis pour les faire grandir. Satan tente les hommes pour les faire tomber. Jamais dans le Nouveau Testament on ne voit Dieu tenter sa créature. Jacques l’exclut formellement : « Que nul, quand il est tenté, ne dise : Ma tentation vient de Dieu. Car Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne. »

Il faut donc bien se dire que ce n’est pas Dieu qui tente mais bien Satan que Dieu, par son Esprit Saint, autorise à agir. D’une certaine manière, pour jouer sur les deux mots épreuve et tentation, nous pourrions dire que Dieu le Père éprouve son Fils en le conduisant au cœur du combat spirituel, en face du tentateur.

Ce que LUTHER a résumé dans son catéchisme de la manière suivante : « Certes, Dieu ne tente personne ; mais dans cette prière, nous lui demandons de nous garder et de nous soutenir, de peur que le diable, le monde et notre chair ne nous trompent et ne nous fassent tomber... ».

Mais délivre-nous du mal

« Mais délivre-nous du Malin ! ». Le terme grec a plus de force qu’il n’apparaît dans nos traductions :« Arrache-nous »en rendrait mieux le sens.

Eh oui, si le Christ nous commande de faire entendre à « notre Père » cet appel à la délivrance qui traverse toute la Bible, et donne à certains psaumes des accents si bouleversants, c’est assurément pour nous faire prendre conscience de ce qu’il y a de plus concret dans notre existence : cette emprise de Satan sur notre vie totale, cette servitude où nous sommes toujours en danger de retomber, si vraiment nous en avons déjà été affranchis.

Il ne faut pas que nous nous fassions d’illusions sur nous-mêmes et que nous osions regarder en face ce qui se cache trop souvent derrière cette façade d’honnêtes gens, et même de chrétiens très pieux, que nous aimons montrer dans l’Eglise et dans le monde.

Mais dans le secret de nos cœurs, qu’en est-il de nos liens, de nos attaches, de nos addictions ?

« Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair » disait un jour le Christ à ses disciples. Il se savait donc, lui, vainqueur de Satan ; il savait que, par lui, la puissance de Satan avait été frappée à mort. Et nous recevons, dans la foi, la certitude de cette victoire.

Nous ne pouvons prier :« Délivre-nous du Malin », avec une confiante espérance, que parce que le Christ a remporté la victoire pour nous. Et nous croyons qu’elle peut et doit retentir dans notre vie en faisant de nous aussi des vainqueurs.

Une fois encore, une dernière fois, nous pouvons dire, avant même que nous l’adressions à Dieu, que notre prière est déjà exaucée, car son exaucement est la victoire de Jésus-Christ sur Satan.

La délivrance nous est assurée, parce que la Croix du Calvaire, symbole d’ignominie, proclame le triomphe de l’amour qui accepte de mourir pour revivre en donnant la vie. Et l’amour , l’amour de Dieu toujours premier, éveille, fait croître, affermit notre foi en Celui qui, en nous donnant la vie, nous donne la liberté.

En conclusion, voici le « Notre Père » tel qu’il transparaît au-travers des commentaires que nous venons d’entendre :

Seigneur Dieu
toi qui es pour nous Mère, Père et ami,

Puisses-tu être connu et respecté des hommes comme l'auteur de la Vie
et l'ennemi de toute mort.

Que ta création devienne enfin conforme à ce que tu veux pour elle depuis l'aube du temps.

Donne-nous le pain, la force et l'espérance dont nous avons besoin pour le jour qui vient.

Et comme tu pardonnes nos faiblesses et nos fautes,
accorde-nous et l'envie et la force du pardon et de la bienveillance.

Que ton pardon nous libère et nous pousse à libérer.
Retiens-nous et soutiens-nous lorsque nous nous éloignons de l'amour et de la vérité, de ta volonté et de nos frères.
garde-nous de la méchanceté et du désespoir.

Et à la fin du temps, ta paix, ta force et ton amour règneront sur tout l'univers.

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