« Le jour suivant, Jésus alla dans une ville appelée Naïm; ses disciples et une grande foule faisaient route avec lui. Lorsqu'il fut près de la porte de la ville, voici, on portait en terre un mort, fils unique de sa mère, qui était veuve; et il y avait avec elle beaucoup de gens de la ville. Le Seigneur, l'ayant vue, fut ému de compassion pour elle, et lui dit: Ne pleure pas!

 

Il s'approcha, et toucha le cercueil. Ceux qui le portaient s'arrêtèrent. Il dit: Jeune homme, je te le dis, lève-toi! Et le mort s'assit, et se mit à parler. Jésus le rendit à sa mère. Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, disant: Un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Cette parole sur Jésus se répandit dans toute la Judée et dans tout le pays d'alentour ».

 

Naïm est une ville de Galilée sur les pentes nord du Jabal Dahi, à la frontière avec la Samarie, tout près des territoires non juifs. Elle est probablement à identifier avec le village arabe de Nein, au sud de Nazareth.

 

De passage dans cette ville, juste après avoir rassemblé ses disciples, Jésus y a ressuscité le fils unique d'une veuve éplorée et sans ressource. Ce fils ressuscité ne serait autre que Saint Materne, évangélisateur de la Gaule du Nord.

 

Que devons-nous comprendre

 

Il nous est parlé du jour suivant. Que s’y était-il passé ?

 

Jésus vient de guérir le fils du fonctionnaire romain, c’était déjà assez émouvant. Mais à Naïm, à quelque 25 km de Capharnaüm, voilà un autre drame. Jésus est confronté, non plus seulement à la maladie, mais à la mort.

 

Jésus par la guérison du serviteur du centenier romain avait voulu mettre en lumière la Foi agissante d’un « païen » autrement dit d’un non-juif.

 

Mais rien ne dit qu’il ne croyait pas en Dieu, qu’il n’avait pas la révélation de Dieu !

 

Et le Seigneur a voulu montrer que le Royaume de Dieu est proche de tous ceux qui le recherchent avec sincérité, sans distinction d’appartenance religieuse, sociale, raciale ou autre.

 

La seule appartenance qui sauve c’est la vérité en Jésus !.

 

Revenons à notre récit.

 

Comme nous venons de le voir, Naïm se trouve sur les pentes du Jabal Dahi, donc en altitude par rapport à la plaine d’où vient Jésus.

 

Et nous voyons deux cortèges forts contrastés :

 

Celui qui monte vers Naïm avec Jésus entouré d’une grande foule, cortège joyeux, coloré, plein de vie.

 

Une foule nombreuse, des hommes, des femmes, des enfants. Cette foule bruyante, joyeuse, intriguée marche à la suite de Jésus de Nazareth qui vient de guérir le fils d’un centurion romain. A cette occasion Jésus avait proféré des paroles étonnantes : à la frontière de l’admissible, du point de vue de la foi, aux limites de ce que les gens, autour de lui, pouvaient comprendre : il avait dit que le centurion romain avait plus de foi que beaucoup d’Israélites… C’est donc l’étonnement, l’admiration, la confiance, mais aussi le mystère, la curiosité, peut-être un peu de méfiance, qui prévalent dans ce cortège. Jésus marche, avance dans sa vie, dans ses relations avec son peuple, ses disciples…

 

Les situations ne cessent de succéder, de venir à lui. A travers elles, se manifeste quelque chose de son être, de sa vocation, de la nouveauté qu’il apporte. Jésus est, à chaque fois, comme tiré de lui-même. Aujourd’hui, à Naïm, Il est avec beaucoup de personnes qui le suivent pour voir, voir ce qui va se passer.

 

C’est sur ce fond de toile que nous le voyons rencontrer cette veuve d’un fils unique. Jésus s’ouvre à cette situation limite. Mais cette fois-ci, que faire de plus que de s’effacer ? Que de manifester du respect envers ceux qui sont frappés par l’irréparable ?… Jésus éprouve de la compassion pour cette femme. Elle révèle la dimension qui nous paralyse tous, qui rompt notre capacité d’action, qui nous rend inertes, spectateurs. La Mort. Nous pressentons que quelque chose doit se passer ou rien de la nouveauté de Jésus n’est vrai.

 

Il s’apprête à entrer dans la ville de Naïm lorsque, aux portes de la ville arrive un second cortège.

 

Celui qui descend de Naïm sans Jésus, cortège recueilli, empreint de tristesse et de pleurs : la mort en est le dénominateur commun.

 

Ce jour-là, à Naïm, on peut voir un funeste cortège se déplacer en direction de la sortie de la ville. A la tête du cortège : une femme epleurée. Elle vient de perdre son fils, son unique, elle qui était déjà veuve.

 

La tristesse de cette femme est augmentée d’une crainte pour l’avenir : puisque c’est bien la descendance qui devait assurer ses vieux jours. C’était comme ça que cela se faisait.

 

Elle se retrouve seule. Seuls ceux qui ont connu le malheur peuvent comprendre la douleur de cette maman ; même si au temps de Jésus, les gens étaient plus habitués à la mort des enfants que nous aujourd’hui. Voir partir ton enfant, c’est comme si on t’arrachait une partie de toi-même. Elle est l’image de l’humanité qui souffre et qui, laissée à elle-même, loin de Dieu, a pour seul horizon la mort. Y a-t-il quelque chose de pire ?

 

Avec elle, une foule. Des parents, des amis, des voisins, des inconnus. Tous plongés dans la même tristesse, solidaires du désarroi de cette femme. Le cortège, on peut l’imaginer, avance lentement pour bien marquer son caractère funèbre. La tristesse, la peur du lendemain, le sentiment d’injustice et l’incompréhension prévalent dans le cortège. Il se dirige vers la sortie de la ville, là où l’on enterre les morts.
La rencontre a lieu près de la porte de la ville.

 

Là on est à la frontière entre la ville et la campagne : une frontière extrêmement importante socialement : c’est là, aux portes de la ville, que se déroulent traditionnellement certains actes sociaux et juridiques importants. C’est là qu’on exclut les malades contagieux, là qu’on règle, en public des différents, là que se résolvent des questions liées au droit du remariage d’une veuve, là que sont accueillis les étrangers, là que se situe la limite entre les vivants et les morts, entre les citoyens et les exclus. On est à la frontière entre la vie sociale et la mort sociale. Comme cette mère qui ne sait pas très bien de quoi sera fait son avenir ; qui n’a plus de sécurité. Elle est sur cette frontière : à la limite de la mort sociale.

 

Mais Jésus est aussi à la frontière de ce qui est dicible : dire à une femme en désespoir : « ne pleure pas » et dire, devant tout le monde, à un enfant mort : « réveille-toi » : c’est la limite, ou même au-delà, de ce qu’on est capable d’entendre. Jésus est encore à la frontière de l’illégal : en touchant le brancard, il fait ce que tout Juif s’abstiendrait résolument de faire : toucher un mort. C’est considéré comme une impureté. Jésus franchit la frontière de l’impureté.

 

L'ancienne Loi juive de Moïse n'autorisait à personne de toucher un cadavre parce qu'on le considérait comme un acte impur. Mais Jésus va provoquer, montrer que les interdits sont levés, illusoires, qu’en sa présence rien ni personne n’a la capacité de lui imposer un rite, une « religion » : Il est le maître de la vie et de la mort !.

 

Jésus s'approche et touche le cercueil. Les porteurs s'arrêtent aussitôt. Il touche ce que nos Bibles appellent un cercueil, mais qui n'était en fait qu'un brancard sur lequel on portait le mort. Les juifs en effet n'utilisaient pas de cercueils, car ils n'inhumaient pas leurs morts dans la terre, mais les déposaient dans des chambres funéraires taillées dans le roc. Cf. la tombe de Lazare, les tombes où erraient les démoniaques de Matthieu 8:28, et celle dans laquelle on coucha le Christ.

 

Jésus s’était déjà placé à la frontière de la foi : en disant aux Israélites que leur foi ne valait pas celle du centurion romain.

 

A la frontière politique aussi, en soulignant ainsi le comportement religieux de l’envahisseur romain.

 

On est bien-sûr, avec ce récit, à la frontière entre la vie et la mort : la frontière entre ces deux cortèges, l’un de la mort, l’autre de la vie, qui se rencontrent.

 

Jésus prend le risque énorme de jouer, de flirter avec ces frontières dangereuses.

 

La relation entre les deux situations, celle de Jésus en marche, celle de la veuve, va se faire par la compassion qu’éprouve le Seigneur. Jésus est présent à sa vie, ouvert à ce qui lui advient, il n’esquive pas, il ressent. Jésus se manifeste alors comme agissant, s’adressant, contenant, unifiant. La première chose qu’il demande à la mère, c’est de ne pas pleurer, de ne pas se laisser submerger, de ne pas se laisser enfoncer dans la détresse, le néant, le vide. Jésus se maintient ouvert, il maintient ouvert les autres…

 

"Ne pleure pas!" Littéralement: "Cesse de pleurer!" L'ordre contient une promesse extraordinaire. Il signifie non pas: "Tes pleurs ne servent à rien et ne ressusciteront pas ton fils", mais: "Tes pleurs n'ont plus de raison d'être, je vais te le rendre". Quand Jésus donne des ordres, il donne aussi les moyens de lui obéir.

 

Jésus apporte un ordre qui s’impose à lui, à elle, aux autres, il commande aussi aux porteurs et enfin au jeune homme même. « Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi. »  Le mort se redresse. 

 

Jésus parle au jeune homme comme si celui-ci pouvait l'entendre. Ses paroles lui donnent en fait le pouvoir d'entendre et de faire ce qu'il a dit. Par sa simple volonté, Jésus rappelle un mort à la vie. Il parle au mort comme s'il dormait. Pour lui, ressusciter un mort n'est pas plus difficile que réveiller un dormeur. Et le mort se lève, comme s'il n'avait fait que dormir. Il bouge et parle, preuve qu'il est en vie. Alors le Christ le rend à sa mère. Le grec dit qu'il le lui donna. C'était le plus grand cadeau qu'il pouvait lui faire.

 

Et, alors que tout à l’heure, c’était la tristesse du cortège funèbre qui l’avait emporté sur le bruit du cortège enthousiaste, tout-à-coup, c’est la vie du cortège de vie qui l’emporte sur la mort du cortège funèbre. L’enfant ressuscite, la mort recule, elle est déjà vaincue.

 

Et là, c’est l’explosion de joie. De tous. Pas seulement l’enfant qui n’avait probablement pas vu grand chose, pas seulement la maman qui voyait d’un coup son fils bien-aimé revenir à la vie, et qui retrouvait par la même occasion son espoir pour le lendemain, mais c’est tous qui manifestent une joie extraordinaire. Un seul est sauvé, mais tous se sentent sauvés, revivre, réintégrés dans la vie. C’est tout le cortège, les deux cortèges qui sont relevés par la vie.
On avait cru être à la frontière de la mort, tous se sont retrouvés à la frontière de la vie, comme balancés de l’autre côté de la frontière.

 

Mais ce récit nous dit que suivre Jésus, c’est faire partie de ce cortège certes enthousiaste et bruyant mais un cortège qui va devoir prendre des risques énormes avec les frontières. Suivre Jésus, c’est considérer que le salut des autres, leur espoir, leur intégration sociale, leur vie représentent un enjeu qui mérite la prise de certains risques. Suivre Jésus, c’est avoir le courage de dépasser les frontières que nous nous sommes construites.

 

La question est alors de savoir si nous faisons partie du cortège enthousiaste et désordonné qui suit Jésus, ou si nous faisons partie du triste cortège sans espoir qui marche vers des frontières funestes.

 

La question pourrait être posée à titre individuel, mais je crois que c’est respecter le texte que de se la poser plutôt de façon communautaire : notre groupe, ou même l’Eglise chrétienne en général, est-il en train de suivre de façon imparfaite, mais joyeuse, le Christ, ou est-il en train de se morfondre, de se plaindre de ce qu’il a perdu, de ce qu’il ne retrouvera plus, de ce que les choses ne sont plus comme avant, de ce que l’avenir est sombre et sans espoir. Sommes-nous dans le cortège de la vie ou dans celui de la mort ?

 

Si nous sommes dans le cortège de vie, enthousiaste et un peu bruyant, à la suite du Christ, il nous faudra alors franchir quelques frontières. Oser aller à la rencontre des personnes tristes et leur poser la question : où en es-tu dans ton deuil, plutôt que de détourner le regard sans savoir quoi dire. Il nous faudra aller à la rencontre des exclus, aux portes de la ville, pour mesurer avec eux les conditions d’une réintégration sociale. Il nous faudra dépasser les frontières de la foi, pour nous laisser remettre en question par la foi des autres.

 

Pourquoi ?

 

Parce que la vie et la joie de la communauté toute entière en dépendent.
Et si nous sommes dans le cortège funèbre : celui où l’espoir est difficile à voir, où les perspectives d’avenir ne sont plus perceptibles, où les projets n’existent plus, où le moribond l’emporte sur le vivifiant, alors l’Evangéliste nous laisse cet espoir : il y a quelque part, un cortège de vie, qui vient à notre rencontre. Il est conduit par le Christ et à sa suite marchent des gens qui n’hésiteront pas, eux à franchir les limites, pour nous redonner vie.

 

A travers ce récit comprenons que Jésus est bien celui qui apporte la vie, qui apporte le salut.

 

Il y a toujours de la vie en Jésus et cette vie est communicative. La vie qui anime Jésus lui vient de Dieu et Dieu se manifeste en lui par sa parole. La parole de Dieu saisit ceux qui l’entendent et les projettent dans un avenir où ils ne sont pas encore, mais où Dieu les attend déjà.

 

Comprenons aussi que La peur se transforme bien vite en louange. On glorifie Dieu. Grâce à Jésus, venu dans le monde précisément pour cela (Jean 17:1.4).

 

Les témoins de la scène l'appellent un "grand prophète". Pour eux, il est cela, un prophète semblable à ceux des temps jadis, et rien que cela.

 

Un envoyé de Dieu, agissant au nom de Dieu, et non le Messie revêtu de la toute-puissance divine.

 

Ils saluent en lui quelqu'un par qui "Dieu a visité son peuple", peut-être le grand prophète dont les juifs de l'époque attendaient la venue et qui serait chargé de préparer le chemin du Messie. Ils n'avaient pas compris que Jean-Baptiste avait été ce prophète-là et que le Messie promis était là, en la personne de Jésus de Nazareth.

 

Jésus est ici le maître de notre vie pour ce temps et pour tous les temps.  Il devient  maître de la vie de chacun de nous. Il a suffi que la voix de Jésus se  fasse entendre  pour que le jeune homme change de monde, pour qu’il passe de la mort à la vie.  Quiconque aujourd’hui reconnaît la voix de Jésus est invité à faire la même expérience de vie que ce jeune homme  afin que  les portes de l’éternité s’ouvrent pour lui.

 

Jésus t’aime, Il t’attend, Il nous attend !!

 

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