Quelles leçons tirer.

 

1) Le contexte historique.

 

Jonas est un hébreu, comme il se présente lui-même. Il est fils d’Amittaï de Gat-Hépher, à 6 kilomètres au nord de Nazareth.

 

Son nom fait qu’on l’assimile à un prophète mentionné dans le Livre des Rois (2 Rois 14,25)

 

De ce prophète on ne sait qu’une chose, c’est qu’il avait prédit la considérable extension du royaume de JEROBOAM II (VIII° siècle avant J C).

 

Ce prophète a vécu sous le règne de Jéroboam II (entre 783 et 743 avant JC), à une époque où le royaume d’Israël, c’est-à-dire le royaume du nord était menacé en tant qu’Etat et devait se battre contre son grand voisin assyrien, qui après lui avoir infligé des défaites devait prendre la ville de Samarie en 722 avant JC. Mais le déclin politique d’Israël correspondait également à un déclin religieux, et le peuple se livrait souvent à des cultes idolâtres.

 

Il faut encore préciser, sur le plan symbolique, qu’en hébreu le nom de Jonas, ou Yona, signifie la colombe. C’est l’oiseau de Noé. C’est aussi l’oiseau qui symbolise la loyauté d’Israël vis à vis de son Dieu.

 

En même temps il est fils d’AmitaÏ, et ce nom signifie « Dieu est vérité. Dieu est fidélité ».

 

Donc nous voici avec ce Jonas « colombe », fils de « Dieu est vérité », un homme plongé dans l’histoire difficile de son temps, et que Dieu va appeler pour une mission particulière et très précise.

 

2) Mythe ou réalité ?

 

D’autres peuples que les Hébreux connaissaient des histoires étrangement semblables :

 

* Dans la mythologie grecque, Héraclès, combattant pour sauver Hésione, saute dans la gueule du monstre marin et combat dans son ventre pendant trois jours au bout desquels il ressort sain et sauf.

 

* Une autre aventure du même genre se passe précisément à JOPPE, le port d’où s’embarque Jonas.

 

* Aux Indes, à coté de maintes histoires où le poisson joue exactement le même rôle que dans le récit biblique, une vieille légende bouddhiste offre, trait pour trait, le pendant de la scène où Jonas, désigné par le sort comme le porte-malheur du bateau, est jeté à la mer par les matelots.

 

En denier lieu, l’idéogramme de Ninive est précisément un poisson.

 

Cependant, si le miracle du poisson, qui est le plus surprenant de tous, n était qu'une allégorie ou une légende, comment le Seigneur aurait-il pu le citer comme un type formel de sa résurrection? Il est également certain que les anciens Juifs, si sévères en ce qui touchait à la Bible, n'auraient point place le livre de Jonas parmi les écrits prophétiques, s'ils n'avaient cru pleinement à la vérité objective des faits qu'il raconte; tout au plus l'eussent-ils range, dans ce cas, parmi les hagiographes.

 

En fait, ce qui importe ce n’est pas temps de savoir s’il s’agit d’une vérité historique ou non mais de comprendre le message que Dieu veut nous délivrer.

 

3) Une autre lecture de la mission de Jonas et de sa fuite

 

Comme les autres prophètes bibliques Jonas reçoit un appel et une mission à accomplir de la part de Dieu. En effet, plus qu’un état la prophétie est une action. Une action induite par la Parole et l’Esprit de Dieu.

 

Jonas est donc envoyé chez l’ennemi héréditaire, devant lui, pour faire entendre à ses oreilles le cri de Dieu. « car sa méchanceté est montée jusqu’à moi. »

 

Il le sait mais il ne peut l’accepter.

 

En lui quelque chose de profond résiste devant cette évidence et devant cette connaissance : son Dieu, le Dieu de son peuple, fait miséricorde à l’ennemi. Il est aussi Dieu pour l’ennemi !.

 

L’ordre est bref et concis, et la fuite immédiate de Jonas nous alerte sur l’importance et la gravité de cette décision divine.

 

S’il n’y avait pas cette fuite de Jonas peut-être que nous ne pourrions pas vraiment prendre conscience de cet enjeu.

 

Autrement dit la fuite de Jonas n’est pas une simple désobéissance, elle traduit un dilemme fondamental devant la Parole de Dieu.

 

Ce dilemme vient de ce que Jonas prend tout à fait au sérieux la Parole de Dieu. C’est-à-dire qu’il la reçoit dans son sens littéral, mais aussi dans son sens spirituel.

 

Alors que comprend-il ? Et pourquoi s’enfuit-il ?

 

Une lecture rapide pourrait nous amener à penser que Jonas avait peur d’annoncer l’avertissement divin, cependant nulle part nous ne trouvons trace d’un quelconque sentiment de crainte ou de peur. Au contraire il n’hésitera pas à demander qu’il soit jeté par-dessus bord !.

 

Ce que Jonas comprend, en allant au-delà des mots, c’est que sa prophétie peut résonner aux oreilles des Ninivites comme un avertissement. Et donc la menace peut les conduire au repentir. Or Jonas connaît Dieu, et il croit en un Dieu de bienveillance et de miséricorde.

 

Ce que Dieu lui demande, c’est donc d’accepter que sa propre prophétie participe au salut de l’ennemi.

 

Mais pourquoi s’enfuit-il ? On a vu d’autres prophètes s’insurger contre Dieu, refuser une mission, s’en déclarer incapable. Abraham a plaidé contre Dieu pour sauver les habitants de Sodome, Moïse a défendu son propre peuple menacé de la colère de l’Eternel après l’épisode du veau d’or.

 

Mais la situation de Jonas est différente.

 

1) Il réalise que la pensée de Dieu est précisément ce qu’il ne veut pas : l’égalité des païens et des Juifs devant sa face, la pensée de l’amour divin qui s’adresse à tout homme sans distinction de race ou de religion, pensée qui se résume par cette parole « Je ne veux pas la mort du pêcheur mais sa conversion et sa vie ».

 

En fait l’héritage spirituel reçu de ses pères, il veut le garder pour son peuple exclusivement. Il ne réalise pas la portée évangélique du message de Dieu : Le Juste vivra par la Foi !.

 

2) Jonas redoute que les gens de Ninive se repentent ; il ne peut s’empêcher de penser à son propre peuple, au peuple d’Israël qui, malgré les avertissements des prophètes, refuse souvent d’écouter Dieu.

 

Aller à Ninive signifierait pour lui devenir l’instrument d’une accusation terrible contre Israël.

 

Comment !. Que des païens écoutent Dieu et se repentent alors que le peuple même de Dieu s’obstine dans ses erreurs !.

 

Le Seigneur ne dira-t-il pas lui-même dans Mathieu 11 :24-23

 

« Si les miracles qui ont été faits au milieu de toi avaient été faits dans Sodome, elle subsisterait encore aujourd’hui. C’est pourquoi je vous dis : au jour du jugement, le pays de Sodome sera traité moins rigoureusement que toi ».

 

« Luc 11:32 « Les hommes de Ninive se lèveront, lors du jugement, avec cette génération, et ils la condamneront, parce qu’ils ont changé radicalement à la proclamation de Jonas ; et pourtant il y a ici plus que Jonas ».

 

Cet enseignement – parabolique ou non – sur l’amour de Dieu envers les païens et sur la destinée humaine qui change quand l’attitude à l’égard de Dieu se modifie est l’essentiel du livre.

 

Donc pour Jonas, la seule solution est de s’enfuir.

 

Ce que fuit Jonas, c’est lui-même. C’est sa vocation prophétique. C’est sa mission. Jonas rend son tablier en quelque sorte. Il renonce à sa qualité de prophète.

 

Cela conduit Jonas à s’embarquer sur ce fameux bateau qui de Jaffa doit le conduire à Tarse. Il devait aller vers l’est ; il part vers l’ouest.

 

Et non content de s’éloigner du bord il s’enfouit et s’endort dans la cale du bateau au moment de la tempête. Puis nous connaissons la suite. Se dénonçant comme responsable auprès des marins, il leur demande de le jeter à la mer, ce qu’ils finissent par faire à contrecœur.

 

4) Quel est le Dieu des marins ?

 

Je voudrais maintenant parler de ces marins. Qui sont-ils ?

 

Ils n’ont pas de noms, ni d’identité précise. Mais on peut penser qu’ils symbolisent les nations, c’est-à-dire l’univers non juif dans sa pluralité, auquel la tradition attribue le nombre de 70.

 

De ces marins on apprend quand même certaines choses.

 

D’abord ils sont croyants … comme tous ceux qui ne connaissent pas le vrai Dieu. Au moment de la tempête il est dit que chacun crie vers son dieu.

 

Et le capitaine invite Jonas à en faire autant avec le sien.

 

En même temps ils sont superstitieux et pratiquent le tirage au sort pour désigner le coupable.

 

Par ailleurs ces marins font preuve d’esprit pratique, n’hésitant pas à sacrifier la cargaison pour sauver leur vie.

 

Enfin l’épisode de l’interrogatoire de Jonas révèle une autre caractéristique des marins : c’est le niveau de leur conscience morale.

 

Malgré l’auto-accusation de Jonas et la solution qu’il leur apporte, ils répugnent à y recourir et font des tentatives désespérées pour retourner à terre.

 

On peut comprendre cette réticence de plusieurs manières : ils peuvent désirer épargner Jonas par un simple sentiment d’humanité, ou parce qu’ils sont soumis à l’interdit du meurtre. Ils peuvent aussi craindre que leur participation à la mort de Jonas les place sous le coup de la colère de Dieu. Car alors la mission à Ninive serait définitivement à l’eau.

 

Autrement dit les marins vivent un dilemme qui peut apparaître en miroir du dilemme de Jonas au début du récit.

 

Leur salut immédiat passa par la mort d’un homme. Mais ils ont conscience qu’ils ne pourront échapper à la culpabilité de la mort de cet homme.

 

Et ce qu’il y a d’extraordinaire dans cette histoire, c’est qu’à ce moment-là de dilemme, ils vont s’ouvrir au Dieu de Jonas. C’est dans une crise de conscience qu’ils vont orienter leur prière, leurs questions vers ce Dieu qui poursuit Jonas dans la tempête.

 

Le dilemme de Jonas le rendait muet devant Dieu, le portait à la fuite, le conduit même à choisir la mort plutôt qu’à assumer sa mission prophétique.

 

Le dilemme des marins les conduit à la parole et à la prière, et comme ils choisissent la vie et non la mort ils jettent finalement Jonas à la mer.

 

De fait, ce que Jonas ne voulait pas – faire connaître le Dieu Sauveur aux païens et par là prendre en défaut son propre peuple, s’accomplit malgré sa désobéissance.

 

Quoique nous fassions, et de n’importe quelle façon nous le fassions, Dieu accomplit toujours ce qu’il a promis.

 

N’a-t-il pas dit à Abraham « Je ferai de toi le père des nations ? »

 

EPILOGUE

 

A travers cette aventure les marins ont donc découvert le Dieu de Jonas, c’est-à-dire à la fois un Dieu personnel et un Dieu créateur. Un Dieu personnel puisque c’est à travers la relation conflictuelle de ce Dieu avec son prophète qu’ils l’ont connu. C’est parce qu’ils ont été mouillés dans une histoire qui n’était pas la leur qu’ils sont entrés en relation avec ce Dieu. Mais ils ont également découvert un Dieu créateur car il est l’Eternel qui commande au ciel, à la terre, et à la mer. Jonas l’a dit aux marins et ils l’ont vu par eux-mêmes.

 

Ce parcours de la première partie du livre de Jonas nous propose donc un cheminement spirituel extrêmement riche. D’une mission refusée –pour de bonnes ou de mauvaises raisons- Dieu fait de l’or.

 

Des compagnons d’un voyage hasardeux Dieu fait des signes pour son prophète.

 

De cette dépression prophétique de son serviteur, Dieu fait un temps de recueillement et de prière.

 

Le Dieu de Jonas est donc ce Dieu du monothéisme qui ne se laisse enfermer dans aucune image de lui-même, dans aucune idéologie, et que personne ne peut s’approprier, car quiconque le connaît reçoit immédiatement mission de le faire connaître aux autres, et de témoigner de lui.

 

Dieu ne donne connaissance de lui-même que dans le but que cette connaissance devienne bénédiction pour toute les nations. C’est bien dans ce sens qu’Israël est dite lumière des nations.

 

L'histoire de Jonas exprime ainsi quelques réalités essentielles:

 

*Dieu ne réserve pas son amour aux Israélites seuls, mais il le manifeste aussi aux étrangers qui le prennent au sérieux;

 

* Il est toujours prêt à renoncer à ses menaces lorsque les hommes écoutent ses avertissements et changent réellement de comportement;

 

* Il est le maître absolu de la création, en particulier de la vie et de la mort, et le prophète n'a pas à s'indigner lorsque Dieu accorde son pardon aux coupables.

 

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